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2016-06 / NUMÉRO 120   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Pour son entrée sur la scène littéraire, l'écrivain Joseph Andras frappe doublement fort. Son premier roman, De nos frères blessés, paru le mois dernier, met en scène Fernand Iveton, un Français rallié à la cause du FLN durant la guerre d'Algérie. Auteur d'une tentative d'attentat, il sera le seul Européen à être condamné à mort durant cette période que les autorités hexagonales ont toujours du mal à regarder en face. Récompensé du prix Goncourt du premier roman, le romancier a refusé cette distinction. Il a bien voulu s’en expliquer à L’Orient littéraire dans un des très rares entretiens qu’il a accordés à la presse. ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
La mort des Humanités ?
A
l’heure où nos jeunes présentent les épreuves du baccalauréat, on constate que plusieurs écoles libanaises préparant au bac libanais ou au bac français ne proposent plus la série LH (Littérature et Humanités) ou la série L (Littéraire), faute d’élèves intéressés ou d’enseignants qualifiés, alors que les classes de « Rhétorique » ou de « Philosophie » (la fameuse « Falsafé ») étaient autrefois très fréquentées et attiraient l’élite. Depuis peu, les éditeurs libanais de livres scolaires rechignent à publier de nouveaux manuels destinés aux sections littéraires sous prétexte que le nombre d’élèves dans ces sections a tellement diminué que « l’affaire n’est plus rentable » ! Plus généralement, les écoliers libanais considèrent le cours de philosophie comme une corvée et se désintéressent de la lecture, de la littérature et des langues. Enfin, dans la plupart des universités du Liban, on compte de moins en moins d’étudiants dans les filières ALLSHS (Arts Lettres Langues Sciences Humaines et Sociales) : certaines facultés y ont même renoncé ou offrent des bourses alléchantes pour combler le manque. Ce constat est préoccupant. Qui écrira demain l’histoire du Liban ? Est-il normal que les meilleurs essais sur nos hommes politiques, comme Émile Eddé, Béchara el-Khoury, Fouad Chéhab ou Kamal Joumblatt, soient écrits par des universitaires de Belgique, d’Israël, de France ou de Russie ? Est-il logique que la plus récente biographie consacrée à Fakhreddine (Renaissance Emir : A Druze Warlord at the Court of the Medici) soit l’œuvre d’un Anglais, Ted Gorton, et que nombre d’ouvrages majeurs sur l’histoire du Liban contemporain soient rédigés par des historiens étrangers ? Que ferons-nous en cas de pénurie de professeurs d’arabe capables de bien nous enseigner notre langue maternelle ? Qui analysera demain la littérature libanaise ? Où sont les futurs archéologues ? Et où sont les philosophes de la nouvelle génération dans un pays qui, depuis les Phéniciens – comme l’a démontré Fouad Ammoun dans Le legs des Phéniciens à la philosophie –, a donné au monde des penseurs immortels ?

Les Humanités sont hélas dévalorisées par notre société matérialiste, snobées par les parents, négligées par l’État et les universités elles-mêmes qui, au lieu de créer des filières pluridisciplinaires (comme le diplôme HSPS : « Human, Social, and Political Sciences » de Cambridge ou la « Licence Humanités » proposée par nombre d’universités françaises), d’encourager le secteur de l’enseignement en améliorant la condition des professeurs, et de multiplier les centres de recherche ou les chaires dans les disciplines « sinistrées » pourtant nécessaires à notre culture, alimentent cette fausse idée selon laquelle point de salut hors des mathématiques. Or l’âme et la mémoire d’un peuple se mesurent à l’aune de ses Humanités. Il faut craindre que nous ne devenions un peuple sans âme et sans mémoire.


2016-06 / NUMÉRO 120