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2016-04 / NUMÉRO 118   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Il est urgent, en ces temps troubles, qu'un représentant du monde arabe soit à la tête de la première instance culturelle internationale, l'Unesco. Ghassan Salamé est le candidat idéal. ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
Rectifier le tir
L
e Liban, qui a malheureusement échoué lors de la dernière élection au poste de directeur général de l’Unesco, n’a plus le droit à l’erreur : il se doit de mettre toutes les chances de son côté en présentant la candidature d’une personnalité jouissant de l’aura suffisante pour attirer les votes des pays arabes amis, des pays francophones et des autres États membres. Ghassan Salamé est assurément cette personnalité-là. Ses qualités intellectuelles, sa probité, son sens de l’organisation et de la réforme, son esprit visionnaire, sa détermination, son bilan positif au ministère de la Culture (dont je peux témoigner) et dans tous les postes qu’il a occupés tant sur le plan diplomatique que sur le plan académique, font de lui le candidat idéal, naturel et indiscutable du Liban. À titre comparatif, l’actuelle directrice générale fut membre du Parlement bulgare, ministre des Affaires étrangères et ambassadrice de Bulgarie en France, à Monaco et auprès de l’Unesco. Son prédécesseur, Federico Mayor, fut un universitaire de renom, député et ministre de l’Éducation et de la Science avant d’être élu à la tête de l’organisation. À l’évidence, la connaissance « technique » des rouages de l’Unesco, qui est à la portée de plusieurs centaines de délégués permanents, anciens ou actuels, ne suffit pas à donner l’envergure nécessaire pour briguer ce poste. Mais voilà : notre ministre des Affaires étrangères est un homme pressé. Non content de nous mettre à dos la Ligue arabe et l’ONU, non content de snober Ban Ki-moon, le voici qui adoube précipitamment, sans attendre d’autres candidatures pour les comparer et les évaluer, et alors même que le délai n’a pas expiré (il n’a même pas débuté !), une personne occupant les fonctions de « délégué permanent adjoint de Sainte-Lucie auprès de l’Unesco » . Deux observations s’imposent ici :
1° Depuis quand le Liban propose-t-il comme candidat national le représentant d’un autre État (en l’occurrence l’îlot de Sainte-Lucie) ayant siégé régulièrement, à ce titre, auprès de deux organisations internationales, à savoir l’Unesco et l’OIF ? Et n’est-il pas stupéfiant qu’une personne (aussi valable soit-elle) ayant représenté un État étranger pendant des années décide tout à coup, par opportunisme (il n’y a pas d’autre mot pour signifier le fait de « régler sa conduite selon les circonstances »), de tourner casaque, de se réclamer du Liban (qui la connaît peu, hélas, et où elle n’a jamais eu la chance de faire ses preuves diplomatiques ou académiques) et, étrangement, de se mettre à afficher dans les médias son nom (libanais) de jeune fille alors que dans ses apparitions à l’Unesco disponibles sur Internet et dans le Répertoire officiel des délégations permanentes, elle est identifiée par son seul nom français ? Il est inacceptable de manger ainsi à tous les râteliers et de jouer sur plusieurs tableaux. Il y a là un précédent grave, une entorse juridique qu’un avocat compétent comme Raymond Araiji, notre ministre de la Culture, ne peut ignorer sous peine de ternir son bilan jusqu’ici positif ; il y a là, surtout, une question de principe, de crédibilité, de souveraineté et de loyauté à l’égard du Liban qui ne saurait être transgressée.
2° Le prétexte de l’antériorité n’est pas recevable. Il ne s’agit pas là d’un sprint, d’une course contre la montre, mais du choix raisonné d’un candidat d’envergure internationale pour mener à bien la bataille électorale ! Du reste, M. Salamé, contrairement à ce que soutiennent des esprits malveillants et de fausses rumeurs, a bel et bien manifesté sa volonté de se porter candidat et a écrit au Conseil des ministres pour lui demander d’adopter sa candidature.
Ces considérations faites, nous attendons du gouvernement de rectifier le tir dans les jours à venir, à moins que la déléguée adjointe de Sainte-Lucie – qui est une personne tout à fait respectable – privilégie l’intérêt du Liban et prenne la décision sage que nous préconisons et qui lui a été transmise, qui consiste à se retirer, par un acte humble et noble à la fois, au profit de M. Salamé et à appuyer celui-ci afin que le Liban propose un candidat unique au lieu d’être divisé comme à l’accoutumée – à moins qu’elle ne préfère se représenter, si son ambition demeure intacte, sous les couleurs de Sainte-Lucie. Autrement, le peuple libanais devra faire assumer au gouvernement, aux ministres concernés et à Madame la déléguée permanente adjointe de Sainte-Lucie l’entière responsabilité de cette occasion perdue et de l’échec cuisant qui se profile à l’horizon...

2016-04 / NUMÉRO 118