FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2016-12 / NUMÉRO 126   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
EN UNE
Née en 1981 d’un père marocain et d’une mère franco-algérienne, diplômée de l’IEP, Leila Slimani a été journaliste à Jeune Afrique avant de se consacrer à l’écriture. Déjà remarquée il y a deux ans pour son livre Le Jardin de l’ogre, la romancière vient d’obtenir le prix Goncourt pour Chanson douce, un roman terrible et poétique à la fois, qui raconte un fait divers sordide survenu aux États-Unis en 2012 : un double infanticide perpétré par une nounou. ... >> lire la suite
 
Le livre de chevet de...
Rony Araygi
Questionnaire de Proust à...
Emmanuel Pierrat
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Stay connected ! 
 
Coup de coeur
Roman
 
Édito par Alexandre Najjar
Casque bleu
U
n éditeur français présent au Salon du livre francophone de Beyrouth a relevé avec consternation que la vente de livres étrangers en France accusait un recul de 30%. Selon lui, ce phénomène n’est pas accidentel : il constituerait le signe d’un rejet de l’autre, l’illustration du mépris de tout ce qui proviendrait de l’extérieur. Sans vouloir tirer des conclusions hâtives de ce constat, tempéré il est vrai par l’attribution du Prix Goncourt à Leila Slimani et du Prix Femina étranger au Libanais Rabih Alameddine, force est de constater que le monde se radicalise, aussi bien au Sud où les partis, groupuscules et milices islamistes, stipendiés en partie par des monarchies connues, pullulent et vouent aux gémonies l’Occident qu’ils attaquent sur son propre sol, qu’au Nord où les amalgames et la colère contre le laxisme des autorités nourrissent l’islamophobie et font le lit de l’extrême-droite, au point de conduire au pouvoir M. Trump dont les propos belliqueux n’émeuvent plus personne. La littérature qui, jusque-là, s’acharnait à construire des ponts entre les cultures, au grand dam des chantres du « choc des civilisations », se retrouve aujourd’hui rejetée par une partie de la population qui craint que les livres, par leur pouvoir bienfaisant et leur capacité à faire dialoguer les êtres, ne la ramènent à la raison et l’empêchent, en s’interposant, de lyncher l’adversaire. Le garde-fou que constitue la pensée cède désormais face aux vagues de violence, de populisme et de xénophobie qui risquent d’envahir la planète comme le nazisme qui, il y a 75 ans seulement, est parti d’un pays pourtant très respectable pour répandre sa haine et massacrer des millions d’innocents. À Alep, à l’heure actuelle, le carnage se poursuit dans l’indifférence générale. La machine à tuer est en marche. On dirait les mots impuissants.

Est-ce pour autant que nous devons déposer la plume comme on dépose les armes ? Je ne le crois pas. Qu’il soit engagé ou pas, l’écrivain est un casque bleu – bleu comme l’encre de son stylo : quand le fanatisme et l’intolérance s’installent, son rôle est d’étouffer le feu que l’huile de la haine attise.


2016-12 / NUMÉRO 126