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2015-05 / NUMÉRO 107   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
EN UNE
Le monde s’apprête à commémorer le bicentenaire de la défaite de Napoléon à Waterloo, le 18 juin 1815. Cette bataille, qui a opposé près de 200 000 hommes et changé le cours de l'Histoire, a été racontée par ses acteurs, dont l’Empereur lui-même. Tragédie classique, pièce romantique, elle a aussi inspiré poètes, romanciers et essayistes de France et d'ailleurs... ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
Cécité
A
un carrefour, la circulation est bloquée. Dans sa voiture, un automobiliste gesticule désespérément en hurlant ces trois mots : « Je suis aveugle ! » Il est conduit chez un médecin qui, le soir même, est atteint de cécité. Le pays tout entier est bientôt contaminé par cette épidémie. Plus de gouvernement, plus de transports, plus d'électricité ni d’eau ! Le livre qui raconte cette histoire est L’aveuglement de José Saramago, prix Nobel de littérature 1998. Roman saisissant, il nous apparaît comme une parabole brûlante d’actualité : notre époque est hélas dominée par les aveugles. Il y a d’abord ceux qui ne voient pas les génocides, comme les Turcs qui n’ont toujours pas assumé leur responsabilité dans l’extermination d’un million et demi d’Arméniens, ou comme le père Le Pen qui continue à parler de « détail » quand il évoque les chambres à gaz. Il y a les aveugles d’Europe qui laissent périr des milliers de migrants dans les eaux de la Méditerranée sans régler une fois pour toutes ce problème récurrent. Il y a ceux qui, par cécité et mauvaise foi, occultent les preuves irréfutables de l’implication du régime syrien dans les assassinats politiques commis au Liban, mises en évidence par l’affaire Samaha et par l’élimination de Rustom Ghazalé ; et la communauté internationale qui ferme les yeux sur les massacres d’Assad qu’elle traite désormais avec complaisance et sur les épurations commises par Daech qu’elle « combat » avec mollesse… Il y a nos députés aveugles qui ne voient toujours pas la nécessité d’élire un président de la République alors que l’ennemi est à nos portes et que la plupart de nos institutions sont paralysées. Il y a aussi ceux qui, par indécence, ne voient pas la misère du peuple et se permettent d’organiser des soirées pharaoniques à Charm el-Cheikh ou à Marrakech alors que leurs concitoyens crèvent de faim. Il y a surtout la cécité des Libanais qui, comme des moutons de Panurge, suivent bêtement nos dirigeants corrompus qui les manipulent, violent la Constitution et se remplissent les poches… « Ah ! La révolution, la révolution ! Si seulement ce peuple pouvait se révolter ! », s’exclame un personnage du Pain de Toufic Youssef Aouad. Vite, un ophtalmologue !

2015-05 / NUMÉRO 107