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2016-02 / NUMÉRO 116   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Nous sommes en avril 2002 dans un restaurant de Beyrouth. Face à moi, un homme au front dégarni, au nez fin, aux yeux espiègles et myopes... Michel Tournier est au Liban à l’invitation de l’éditrice Thérèse Douaihy Hatem qui a publié trois de ses livres dans une collection destinée à la jeunesse. Il a reçu les insignes de chevalier dans l’Ordre national du cèdre des mains du représentant du président de la République ; il est visiblement heureux d’être dans ce pays où il compte un vaste public, rencontré aussi bien à Beyrouth, Antélias et Tripoli qu’à Saïda et Nabatiyeh. Au cours du dîner, j’ai beaucoup interrogé l’écrivain ; il a répondu à mes questions avec affabilité : au bout d’une heure, l’itinéraire du personnage s’est dessiné… 

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Édito par Alexandre Najjar
(Gas)pillage
R
écemment interviewé par des avocats à propos de sa carrière, le ministre Michel Eddé leur a raconté que le général Fouad Chéhab vécut avec si peu de moyens, après la fin de son mandat, qu’il ne légua presque rien à ses héritiers. On dut même décréter une allocation spéciale de 1000 livres libanaises à sa veuve et à celle du président Debbas pour leur permettre de subsister. De son côté, le président Élias Sarkis, obligé de se faire soigner aux États-Unis, hésita à épuiser ses maigres économies pour couvrir les frais de son traitement. Quant au président Charles Hélou, il se retira dans sa demeure de Kaslik où il vécut modestement au milieu de ses livres... On pourrait sans doute en dire autant de plusieurs autres hommes politiques de l’ancienne génération qui servirent le pays sans piller les caisses de l’État. Où en sommes-nous aujourd’hui ? Profitant de la paralysie délibérée des organismes de contrôle, la plupart de nos dirigeants se remplissent insatiablement les poches, vivent dans des palais cossus, multiplient les voitures et les appartements de luxe, font preuve de népotisme, encaissent des subsides de l’étranger, mais s’offusquent, ô sacrilège, si une ONG ose dénoncer leurs abus ! Non contents d’assécher les ressources du pays et de se partager le gâteau, ces parangons de vertu se montrent incapables de régler les problèmes les plus urgents : les réfugiés, l’électricité, l’eau, le ramassage et le traitement des ordures, le vote du budget, les permutations judiciaires et diplomatiques… Leur incurie a fait perdre au Liban d’importantes opportunités : s’ils étaient moins irresponsables, ils auraient pu permettre au pays d’attirer les investisseurs arabes, échaudés par les crises régionales, pour dynamiser son économie comme dans la seconde moitié du siècle passé ; ils auraient pu lancer déjà l’exploitation des gisements pétroliers au lieu d’en convoiter les revenus futurs… Pour remédier à cette situation, une réaction populaire est impérative. Mais quand on sait que la plupart des citoyens sont prisonniers de leur appartenance communautaire et de leur allégeance à tel ou tel parti au pouvoir, comment espérer un sursaut national ?

La maison Liban se lézarde. Envahie par les ordures, elle a perdu son toit et ses fondations vacillent. Pendant ce temps, quatre millions et demi d’imbéciles heureux vivent dans le déni en se félicitant, ô bonheur, de « pouvoir skier et nager le même jour » !


2016-02 / NUMÉRO 116