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2015-09 / NUMÉRO 111   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Il est des livres dont l’on soupçonne rapidement que la parution agitera le Landernau germanopratin. La septième fonction du langage sera très certainement l’un de ceux qui agiteront le vent dans les feuilles. Lorsqu’un roman met en scène des grandes figures encore vivantes et toujours agitées de l’intelligentsia parisienne, le risque est là.  ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
À quoi sert une révolution ?
I
l ne suffit pas de faire la révolution, encore faut-il savoir à quoi elle sert et où elle va. Dans toute révolution, il existe trois pièges :  1° l’absence de but qui confine à l’anarchie ou la multiplicité des revendications qui conduit au désordre. « Ceux qui appellent à la révolution devraient démontrer à l'avance que la société qu'ils vont établir sera plus libre, plus juste, et moins corrompue que celle qui existe déjà », nous prévient Amin Maalouf dans Les désorientés.  2° la récupération ou le détournement (hijacking) du mouvement par des partis bien établis, des politiciens de la dernière heure et des artistes sur le retour, ou par des groupes communautaires plus organisés et mieux dotés que la société civile qui pilote le soulèvement, sachant que les exemples de la Tunisie et de l’Égypte – où les révolutions ont été phagocytées par les extrémistes qui ont supplanté les jeunes activistes qui en étaient les véritables artisans – sont éloquents à cet égard.  3° l’intrusion de casseurs destinés à défigurer la révolution, à la discréditer aux yeux de la population et à justifier les interventions musclées des forces de l’ordre, qui, souvent, manipulent elles-mêmes ces fauteurs de troubles. La révolution à laquelle on assiste aujourd’hui à Beyrouth, et qu’on appelait de nos vœux depuis des mois, est déjà tombée dans ces trois pièges : alors qu’elle revendiquait une solution au problème des ordures, elle a tout à coup réclamé la chute du régime ; elle s’est retrouvée prise en otage par des partis soucieux de créer le chaos et par des voyous désireux de la ternir. Ce qui la sauve encore, c’est qu’elle a rectifié le tir en définissant mieux ses objectifs et ses priorités (l’élection d’un président de la République en tête, comme l’impose la Constitution) et qu’il existe en son sein, à côté des parasites, des militants sincères, de vrais idéalistes, écœurés par « la mafiature » qui nous gouverne et animés par un ras-le-bol tout à fait justifié. Tiendront-ils le coup ? Seront-ils écoutés ? Sauront-ils échapper à l’instrumentalisation ? Quoi qu’il en soit, nos députés sont au pied du mur. S’ils demeurent inertes, ils risquent de perdre toute crédibilité aux yeux de l’opinion publique et d’être balayés par cette vague révolutionnaire qui peut encore enfler. S’ils se réveillent de leur léthargie, s’ils oublient un moment leurs allégeances pour élire enfin un président intègre et rassembleur, ils peuvent encore sauver le pays – et leur peau.

2015-09 / NUMÉRO 111