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2015-03 / NUMÉRO 105   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
EN UNE
Cette année, les Arméniens commémorent le centenaire du génocide de 1915. Parmi les nombreux ouvrages –  près d’une quarantaine recensés – parus depuis le début de l’année, L’Orient Littéraire en a sélectionné quatre. Divers et complémentaires, sérieux et accessibles au grand public, ils remettent en perspective cette tragédie dont la Turquie ne parvient toujours pas à admettre la responsabilité.  ... >> lire la suite
 
Le livre de chevet de...
Bertrand Py
Questionnaire de Proust à...
Mona Fayad
Poème d’ici
par Amina Saïd
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Travelling Paradiso
 
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Édito par Alexandre Najjar
Épuration
U
n siècle après le génocide arménien, la planète est le théâtre d’un nouveau génocide, celui des chrétiens d’Orient, pourchassés, kidnappés ou assassinés dans l’indifférence générale. Certes, des écrivains français comme Jean d’Ormesson, Jean-François Colosimo, Régis Debray, Richard Millet ou Denis Tillinac ont tiré la sonnette d’alarme, mais personne pour les entendre. Car les chrétiens d’Orient sont « toujours trop chrétiens pour les altermondialistes et trop orientaux pour les occidentalistes », comme le rappelle Debray. Et ceux qui n’ont pas prêté l’oreille aux cris de deux cent mille syriens massacrés à coups de barils explosifs par la dictature d’Assad ne vont tout de même pas se réveiller pour porter secours à une poignée d’Assyriens ! En réalité, la communauté internationale n’est pas sourde : elle est complice. Car la présence de Daech n’indispose ni certaines puissances occidentales ni leurs alliés régionaux qui ont misé sur ces « takfiristes » pour effacer les frontières tracées par les accords Sykes-Picot, creuser le fossé entre sunnites et chiites pour le plus grand bonheur d’Israël, affaiblir les Kurdes pour le plus grand bonheur des Turcs et damer le pion au régime syrien, à l’Iran et au Hezbollah. La coalition internationale, qui est capable d’éradiquer l’État islamique en une semaine, n’a pas encore compris, malgré l’expérience afghane, qu’elle joue avec le feu. Profitant de cette bienveillance, Daech continue à attirer les djihadistes étrangers et emploie sa redoutable machine de propagande pour semer la panique ; il fait même de la surenchère en mettant en scène des exécutions publiques, en multipliant les prises d’otages ou en saccageant le musée de Mossoul. Mais un jour viendra où, dans ce musée même où des pièces archéologiques inestimables ont été sauvagement détruites, l’on exposera les crânes des combattants de Daech afin que les générations futures sachent bien à quoi ressemblait cet homo barbaricus qui a déraciné les chrétiens d’Orient et rejoué, au milieu d’un silence assourdissant, la tragédie du génocide arménien.

2015-03 / NUMÉRO 105