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2018-09 / NUMÉRO 147   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au fil des jours...
 
EN UNE
L'écrivain espagnol Javier Cercas convoque un parent mort durant la guerre civile et rend encore plus floues les frontières du roman, genre qu'il qualifie d'« anti-dogmatique ». ... >> lire la suite
 
Le point de vue de...
Homo homini lupus par Najwa Barakat
Questionnaire de Proust à...
Salim Bachi
Poème d’ici
Phœnicia par Georges Abi-Nader
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Au village d’Achrafieh
 
Coup de coeur
 
Édito par Alexandre Najjar
Eunuque
I
l y a des gens qui ont une bibliothèque comme les eunuques un harem » écrivait Victor Hugo. Notre pays est désormais pareil à un eunuque : il possède une bibliothèque nationale, dont le chantier remonte à 1999, mais elle ne sert à rien, puisqu’elle est encore inaccessible au public. Cette carence – dont on ne parle jamais parce qu’elle est supplantée, dans la longue liste de nos catastrophes, par d’autres lacunes (absence de gouvernement, crise économique, électricité, ordures...) apparemment plus graves – est d’autant plus inacceptable que le Liban se targue d’avoir inventé l’alphabet et que, selon la formule de Jack Lang, « chaque fois que nous prononçons le mot bibliothèque, nous disons le nom de Byblos, petite ville de la côte libanaise que les Grecs ont identifiée à la matière même du livre »... À l’heure où notre culture stagne et que la lecture auprès des jeunes Libanais régresse de façon alarmante, à un rythme bien plus accéléré qu’en Occident, l’ouverture de cette institution doit constituer une priorité pour le prochain gouvernement. Si cette inauguration s’accompagne d’une campagne nationale de sensibilisation à la lecture, elle pourra rouvrir les yeux de notre population (parents, enseignants, écoliers en tête) sur l’importance du livre dans l’éducation de notre jeunesse – le numérique n’étant pas l’ennemi de la lecture, mais son complément. « Est-ce vraiment vital ? » répliqueront les économistes, un peu à la manière de ce personnage de Sartre qui, dans Le Diable et le bon Dieu, s’interroge naïvement : « Quand ils voulaient du pain, j’arrivais avec le crucifix. Tu crois que ça se mange, le crucifix ? » La réponse est pourtant évidente : un pays ne meurt que quand sa culture disparaît.


2018-09 / NUMÉRO 147