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2015-04 / NUMÉRO 106   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Invité au récent Salon du Livre de Paris, Milton Hatoum est l’un des plus importants écrivains du Brésil d’aujourd’hui. Récemment honoré par le Liban, terre d’origine de sa famille, qui occupe une place majeure dans son cœur et dans son œuvre, il a bien voulu s’entretenir avec L’Orient Littéraire, en toute modestie, humour et sincérité.  ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
Culs en béton
C
elui qui obéit devrait avoir l'espoir de commander un jour, et celui qui commande devrait se dire que dans un délai court, il aura à obéir », répétait Cicéron. Dans tous les régimes démocratiques dignes de ce nom, l'alternance, également appelée « rotation aux postes », est en effet une règle d'or que la Constitution prend soin de sauvegarder en imposant des mandats limités dans le temps et en prévoyant les termes et modalités d'une éventuelle réélection qui, dans tous les cas, ne saurait se répéter ad vitam aeternam. Sans cette règle d'or, les présidents, députés et hauts fonctionnaires deviennent inamovibles puisqu'ils auto-prorogent leur propre mandat (comme par deux fois notre Parlement) et organisent eux-mêmes la pérennité de leur fonction ; en l'absence de président de la République, la situation s'aggrave : ministres, diplomates et magistrats ne peuvent plus être remplacés... Sans cette règle d'or, la corruption s'installe puisque les personnes assurées de ne pas être déboulonnées se considèrent alors au-dessus des lois et se remplissent impunément les poches. Sans cette règle d'or, enfin, la nouvelle génération et la gent féminine, hélas sous-représentée au Liban, se retrouvent exclues de la vie publique – confisquée par des caciques et des caïds qui leur bloquent toutes les portes et entravent la circulation des élites. Au vu de ces observations, le Liban apparaît comme le contraire d'une démocratie. C'est une oligarchie, une mafiature, voire une monarchie où tel chef trône sur son perchoir depuis une trentaine d'années, où tel autre gouverne pendant vingt ans, où des suzerains sans scrupules se partagent le pouvoir, où des barons font main basse sur les richesses du pays, où les mêmes roitelets qui ont attisé la guerre continuent à sévir en temps de paix, et où le dauphin succède à son père à la mort de celui-ci – ou de son vivant même...

Pour évoquer un politicien dont on est fatigué par ce qu’il ne veut pas céder sa place, les Suédois utilisent volontiers la formule « betonghäck », littéralement : cul en béton. Il est grand temps que nos « culs en béton » dégagent.



2015-04 / NUMÉRO 106