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2014-09 / NUMÉRO 99   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Plus de 600 nouveaux romans sont attendus cet automne dans le cadre de ce qu’on appelle « la Rentrée littéraire ». Une tendance nette s’y dessine : la mise en scène de personnages réels. Est-ce une évolution positive du roman ou une défaite de l’imagination ? ... >> lire la suite
 
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Édito par Alexandre Najjar
Dégoût
D
égoût (Qaraf) est le titre d’un livre écrit par Fouad Kanaan en 1947. Il résume bien le sentiment qui habite la majorité des Libanais, échaudés par la situation ambiante. Par où commencer ? Par ces chrétiens qu’on assassine en Irak et qui se retrouvent sur les routes de l’exil à l’instar des Arméniens à l’époque du génocide, sous les yeux d’une communauté internationale qui, pour se donner bonne conscience, accepte d’accueillir quelques familles ou bombarde ponctuellement un convoi de l’État islamique ? Par Ersal, où pullulent des takfiristes sans foi ni loi, et où l’armée libanaise, vaillante mais à court de matériel, essaie tant bien que mal de sauver les meubles alors que les villages environnants prennent les armes pour assurer leur autodéfense ? Par les médias qui jettent de l’huile sur le feu au lieu de calmer les esprits ? Par l’incompétence de nos dirigeants, incapables d’élire un président malgré l’urgence et enclins à proroger leur propre mandat en justifiant cet acte anticonstitutionnel par des « circonstances exceptionnelles » qui ne suffisent pas à expliquer le report des législatives ? Par les milliers de réfugiés syriens qui constituent désormais une menace pour l’équilibre du pays et dont le retour apparaît hypothétique ? Par les errements des pouvoirs publics, qui, non contents de fournir des certificats à tous les ânes qui auraient échoué au bac, se mettent à dos les enseignants et les fonctionnaires de l’Électricité du Liban dont l’incurie plonge les citoyens dans le noir depuis un demi-siècle ? Par la situation économique catastrophique, aggravée par un été « pourri » ? Tout, au Liban et dans la région, donne la nausée. Beaucoup d’occasions manquées, une impunité scandaleuse dont profitent les mafieux au pouvoir, une inconscience criminelle, une dépendance constante de l’étranger et, surtout, un peuple absent qui subit sans réagir. Or le dégoût ne doit pas engendrer l'impuissance : il est le commencement de la révolte.

2014-09 / NUMÉRO 99