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2019-12 / NUMÉRO 162   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Au Salon
La vitalité du Liban francophone


Par Alexandre Najjar
2012 - 11
En 1989, à l’occasion de la célébration du bicentenaire de la Révolution française, un petit Salon du livre est organisé dans la banlieue de Beyrouth par les services culturels de l’ambassade de France. Le public répond avec enthousiasme à cette initiative. Mais la situation dans le pays est telle qu’il faudra attendre 1992 et la fin de la guerre pour assister à la mise en place d’un véritable Salon du livre réunissant tous les importateurs de livres francophones du pays et de nombreux auteurs libanais et français. Depuis, malgré une interruption temporaire, cet événement a trouvé sa vitesse de croisière et attire chaque année près de 100 000 visiteurs, chiffre exceptionnel pour un pays de 4 millions d’habitants qui le place parmi les plus grands Salons francophones du monde. Placé sous le patronage du président de la République libanaise, inauguré par des personnalités françaises de tout premier plan, il a déjà reçu un nombre incalculable d’auteurs de renom, dont JMG Le Clézio, prix Nobel de littérature, Adonis ou le regretté François Nourissier, secrétaire général de l’académie Goncourt. Il accueille cette année les éminents membres de cette même académie, ainsi qu’une pléiade d’auteurs libanais et étrangers.

Hausse des publications libanaises francophones
 
La liste des auteurs libanais qui participent à cette 20e édition est longue, encore plus longue que celle des années précédentes : une soixantaine, au bas mot ! Leurs publications en français, dans tous les domaines (romans, essais, poèmes, droit, voire cuisine), parues au moment du Salon (un peu comme pour la rentrée littéraire en France !), démontrent bien la vitalité de notre littérature d’expression française, malgré la sinistrose ambiante et en dépit de l’invasion de l’anglais, à peine atténuée par le trilinguisme adopté par la plupart de nos établissements scolaires. Certains publient en France chez des éditeurs connus, d’autres au Liban auprès de maisons locales, dont le nombre s’est accru ces dernières années avec l’apparition de nouvelles enseignes très dynamiques. Certes, ces publications sont rarement rentables, en raison de la crise économique qui transforme le livre en produit de luxe, mais aussi à cause du recul de la lecture en général, mais ce facteur ne semble pas dissuader nos auteurs, tant l’envie d’écrire et de publier dépasse, chez eux, la logique commerciale. Ces œuvres sont-elles toutes « impérissables » ? Sans doute pas. Le temps fera son tri. 

La présence libanaise au Salon
 
Comme chaque année, tables rondes et conférences, animées par des journalistes locaux et français, réuniront les auteurs libanais et étrangers dans le cadre du Salon (programme complet sur le site du Salon : www.salondulivrebeyrouth.org). Pour cette 20e édition, des hommages y seront rendus au journaliste Ghassan Tuéni, récemment disparu, à l’écrivain Toufic Youssef Awad, qui vient d’être traduit en français, au poète et essayiste Salah Stétié, au poète Jawdat Haïdar et à la romancière Ezza Agha Malak, sans compter l’exposition du poète et peintre Alain Tasso. À côté des éditeurs et des auteurs, les libraires importateurs de livres francophones au Liban participent activement au succès de ce Salon et les ouvrages tout récents qu’ils proposent sur leurs stands témoignent bien de leur suivi constant de l’actualité littéraire en France et de leur dynamisme exemplaire. Aussi, le journal L’Orient-Le Jour et les revues francophones libanaises méritent-ils d’être salués : confrontés au numérique et à la crise, ils n’en continuent pas moins d’occuper une place importante dans le paysage médiatique libanais. Dans le secteur jeunesse, auteurs, illustrateurs et conteurs accueilleront des milliers d’élèves venus des quatre coins du pays, leur permettant ainsi de se familiariser avec le livre francophone. Enfin, deux prix « libanais » seront décernés à l’occasion du Salon : Le Choix de l’Orient, inspiré du Goncourt, et le prix Phénix, sponsorisé par la banque Audi-Saradar, qui est décerné chaque année à un écrivain libanais francophone ou à un écrivain francophone ayant écrit sur le Liban par un jury libano-français présidé par Amin Maalouf.

Le Salon du livre francophone de Beyrouth est, de toute évidence, un rendez-vous nécessaire. En gardant sa spécificité, il n’entre pas vraiment en concurrence avec les autres Salons libanais (le Salon arabe de Beyrouth ou le Salon d’Antélias). En stimulant la créativité de nos auteurs et le sens de l’initiative chez nos éditeurs et libraires, en encourageant à la lecture des milliers d’écoliers, il constitue désormais le cheval de bataille de la francophonie au Liban.

 
 
« Le Salon est le cheval de bataille de la franco-phonie au Liban. »
 
2019-12 / NUMÉRO 162