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Découverte
Nadim Bou Khalil : un cœur aux mille fenêtres ouvertes


Par Antoine Boulad
2006 - 09
Nadim Bou Khalil est sans doute l’enfant prodige de la poésie libanaise. Ses recueils, conçus au plus près de la source, semblent en effet suivre leur cours naturel sans les douleurs de l’enfantement. Enfant chéri de l’inspiration, Bou Khalil a déjà publié À côté en 1998, Écrits d’avant-scène en 2002, Sutures charnelles en 2003 et Mal de terre en 2005, aux éditions Dar an-Nahar. Il prépare actuellement la parution de son dernier ouvrage Longueur d’ombre. Cette prodigalité, il la doit au fait qu’il pose sur toute chose qui l’entoure, en tout moment et en tout lieu, ses cinq sens de poète qu’il a le bonheur de mêler : « Une crevasse dans le son de la lumière », « L’odeur du silence. » Sa poésie est ancrée dans la réalité de tous les jours, mais non dans le réel dont elle déjoue les enjeux pour en révéler la face cachée, acerbe et absurde. Sur un banc d’une cour de justice, dans la rue, en parcourant les pages du journal, tous les lieux l’inspirent. Cependant, il les soumet à un nettoyage à sec, à une critique radicale au vitriol de son humour mordant... Même la guerre ne trouve pas grâce à ses yeux : « Pas un obus ne se reconnaît coupable de tueries. Tous se veulent bonbons noirs de l’ouïe. » C’est que Nadim Bou Khalil a un cœur gros comme ça, comme « mille fenêtres ouvertes » ! Et pour un amoureux de cette trempe, la vie ne peut être que blessure que seule la langue, débarrassée des lieux communs qu’il fuit comme la peste, peut espérer refermer. Recueil après recueil, il forge une langue poétique chargée d’heureuses trouvailles, de la douceur naturelle de ceux qui ont une douleur bleue dans les yeux, d’un sens aiguisé de l’aphorisme audacieux et de l’image irrévérencieuse qui « remettent les pendules à l’heure. »

« Le coup de foudre. J’ai broyé des dents le crayon de l’attente, à identifier par-delà la vitre des convenances la vitre sentimentale que ton passage au marteau-piqueur a fait voler en éclats.Derrière le soleil, là où l’impossible ne l’est plus, nos bouches se défoncent dans une bulle de surprises. »

 
 
© Michel Sayegh
 
2019-12 / NUMÉRO 162