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2017-10 / NUMÉRO 136   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Souvenir de ma première communion


2017 - 08
Vous vous souvenez encore de votre première communion dans le collège de religieuses où vous avez fait vos études. De sa voix séraphique, la Mère supérieure vous avait expliqué l’importance de cet événement et comment dès lors que la Sainte Hostie serait placée dans votre palais, toute votre vie en serait bouleversée. Vous vous transformeriez illico en petite fille angélique dont tous les vilains péchés seraient effacés. Vous attendiez donc le jour J avec autant de ferveur que de crainte référentielle, la terreur étant grande de faire tomber, horreur !, l’hostie de votre bouche de petite fille étourdie.

À la maison, l’ambiance était tout aussi fiévreuse, votre maman confectionnant, avec l’aide de vos chères tantes, le repas de fête familial qui suivrait la cérémonie. Pour autant, on restait dans une sobriété tout évangélique avec des plats maison tout blancs symbolisant la pureté de la petite communiante.

Réveillée aux aurores par votre maman qui vous chuchotait gravement « ça y est, c’est aujourd’hui », vous revêtiez la robe de bure blanche avec cordelette de pénitente. Un peu plus tard, vous avanciez dans la chapelle du vénérable collège, parmi des camarades aussi émues que vous, toute tremblante sous votre frange à la Jeanne d’Arc. 

À la fin de la cérémonie, vous échangiez avec vos amies, en guise de souvenirs, de simples photos saintes, la Mère supérieure vous gratifiant gravement d’une Bible que vous conserveriez toute votre vie. Quant à votre grand-mère, elle vous offrait un chapelet béni par le Saint-Père, alors que l’oncle riche vous offrait votre première montre qui vous ravissait.

Hier, vous avez été invitée à un déjeuner de première communion dans un restaurant de mezzés… Entre un verre d’arak et une bouchée de tabboulé, les invités, le prêtre grassouillet compris, félicitaient une communiante à la moue dédaigneuse coiffée d’un chignon (!) et habillée d’une robe à ruches et volants. 

Quant aux « souvenirs » distribués aux invités, c’étaient des assiettes en Limoges gravées à la feuille d’or, dans un écrin de velours. Pas moins.

Pauvre Mère Angélique ! Paix à votre sainte âme !
 
 
© Theophile Duverger
 
2017-10 / NUMÉRO 136