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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Essai
Afghanistan, territoire disputé


Par Henry Laurens
2017 - 11
Jean-Pierre Perrin est ce que l’on peut appeler un journaliste de terrain. Il arpente depuis 35 ans un grand Moyen-Orient et l’auteur de ce compte-rendu a eu plusieurs fois l’occasion de le rencontrer sur place ou à Paris.

Dans ce livre, il entreprend la narration de ses aventures afghanes depuis 1982 où il est venu d’abord comme humanitaire. Mais il renvoie à un passé des plus lointains, le passage d’Alexandre le Grand et la création du royaume du Gandhara, synthèse de la Grèce et de l’Orient dans un territoire qui est ici celui du djihadisme le plus radical. Pourtant, le souvenir d’Alexandre est partout présent dans ces vastes contrées.
Le livre est composé de reportages discontinus entrecoupés de retours en arrière et de séquences historiques plus anciennes. Il oppose ainsi ses souvenirs de séjour chez les moujahidin luttant contre les Soviétiques, à son expérience récente de reporter embarqué dans les troupes françaises. Il cherche aussi à marquer les continuités, non sans un certain cynisme : « Comme à l’époque d’Alexandre, les chefs des différents groupes cherchent toujours à s’entendre, mais leurs accords ne durent jamais plus de quelques jours, semaines ou mois. »

Après Alexandre, Gengis Khan est venu pour dévaster la région. Il a détruit les villes, mais respecté les Bouddhas de Bamiyam : « L’histoire a été ici si lourde qu’on peut lui prêter le dessein d’être le portefaix de toutes les tragédies de l’Afghanistan, passées, présentes et à venir. »

Les seigneurs de la guerre d’aujourd’hui rappellent les satrapes du temps jadis. C’est l’occasion de donner un très beau portrait d’Ahmad Shah Massoud, le « lion du Pandjshir ». C’était incontestablement un très grand chef militaire et bien un islamiste contrairement à ce que prétendent ses thuriféraires occidentaux. Mais il n’a jamais su dépasser les clivages ethniques du pays.

D’autres épisodes de l’histoire sont convoqués, dont les guerres anglo-afghanes et les fameux territoires tribaux pakistanais ainsi que l’arrivée récente des intérêts économiques chinois.

En conclusion, il montre que deux raisons essentielles expliquent l’échec occidental. La première est l’extraordinaire vénalité des alliés afghans des Américains. La seconde, c’est d’avoir cru aux recettes de la contre-insurrection chère aux stratèges militaires. Cela témoigne d’une profonde ignorance des réalités de la société afghane et des intérêts stratégiques des Pakistanais.

Ce livre s’inscrit dans la grande tradition du reportage à la française, celle par exemple d’un Albert Londres. On y retrouve la même alacrité de style et le même genre d’évocation où la puissance de la description se mâtine d’ironie, d’où le plaisir de le lire.

BIBLIOGRAPHIE

Le Djihad contre le rêve d’Alexandre de Jean-Pierre Perrin, Seuil, 2017, 304 p.

Jean-Pierre Perrin au Salon :
Hommage à Samir Frangié le 4 novembre à 16h30 (Agora)/ Rencontre autour de De l'ardeur de Justine Augier le 8 novembre à 18h (Agora)/ Signature de Le Djihad contre le rêve d’Alexandre à 19h (Orientale).

 
 
D.R.
 
2017-11 / NUMÉRO 137