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2017-10 / NUMÉRO 136   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
Ave, César
Suite de Plonger, un nouveau roman de Christophe Ono-dit-Biot nourri de philosophie et de mythologie grecques.

Par Jean-Claude Perrier
2017 - 04
À la fin de Plonger, le magistral roman de Christophe Ono-dit-Biot qui lui a valu le Grand prix du roman de l’Académie française, on avait laissé César, le héros, dévasté par la mort de Paz, le grand amour de sa vie. Photographe, plasticienne, aventurière passionnée de plongée sous-marine, et, avant tout, femme libre, elle avait abandonné ses hommes (César et leur jeune fils) pour courir le monde. Et y trouver la mort. Deux ans après, César n’est toujours pas guéri, ne se résout pas à cette absence et, de surcroît, taraudé par cette angoissante question, qu’il se pose à lui-même et à l’enfant : « Ta mère nous aimait-elle encore ? » En dépit de l’amour qu’il porte au garçon, un chouette gamin, et à son métier (César est grand reporter culturel dans un hebdomadaire parisien), il n’a plus envie de vivre. Et, lorsque débute Croire au merveilleux, il est sur le point de se suicider. Faible, égoïste mais pas irresponsable, il a assuré l’avenir matériel de son fils. En revanche, il passe outre le nouveau choc que celui-ci subirait, de se retrouver orphelin à six ans. Alors qu’il a commencé d’absorber des somnifères, on frappe énergiquement à la porte de son appartement. César se décide à aller ouvrir, et tombe sur Nina, sa nouvelle voisine d’en face, une jeune, belle, riche et énigmatique Grecque. Ça tombe bien, lui-même, qui a fait des études de lettres classiques, est un helléniste distingué. Sa bibliothèque s’orne de tous les « classiques Budé » jaunes (le rouge, c’est pour les auteurs latins), sur quoi Nina se précipite, lui empruntant un volume d’Hésiode. Le hasard, ou les dieux antiques, font bien les choses. Une discussion littéraire s’ensuit, et l’on sent bien que cette rencontre va changer la donne, bouleverser le destin de César.

Christophe Ono-dit-Biot, cependant, n’a pas cédé à la tentation facile du roman « à l’eau de rose » : certes, il se noue bien une relation amoureuse entre la jeune femme et celui qui se voit comme « un vieux corsaire » (elle le trouve, non pas vieux, mais « patiné »), mais l’affaire sera compliquée, riche en rebondissements, et ne s’achèvera absolument pas comme le lecteur pourrait se l’imaginer. On n’en dira pas plus.

Au fil des pages, on voyage, comme toujours chez cet écrivain mobile, en France, en Italie du Sud, en Grèce, en Espagne et même au Japon, où se résoudra, par un tour de passe-passe romanesque, la grande angoisse de César quant aux sentiments de Paz à son égard… C’est intelligent (un peu trop parfois), cérébral, mené avec maîtrise, servi par une écriture alerte, nourri de philosophie et de mythologie grecques antiques.


 
 
© Francesca Mantovani / Gallimard
 
BIBLIOGRAPHIE
Croire au merveilleux de Christophe Ono-dit-Biot, Gallimard, 2017, 240 p.
 
2017-10 / NUMÉRO 136