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2017-05 / NUMÉRO 131   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
Les sept voix de l'Afaq
Les différentes quêtes d’émancipation individuelles semblent vouées à l’échec.

Par Jabbour Douaihy
2017 - 01
Sept nouveaux romans arabes ont vu le jour ensemble à l’occasion de la Foire arabe du Livre qui s’est tenue au Biel durant le mois de décembre. Sept jeunes auteurs ont profité de la bourse du Fonds arabe pour la Culture (Afaq) pour faire entendre leurs voix originales, concluant avec succès le pari discutable de ce qu’on appelle un « atelier d’écriture ». Quinze mois ponctués par trois rencontres qui furent autant d’occasions d’intenses échanges autour de tous les problèmes du roman, de la structure du récit à la sémiologie des personnages en passant par le niveau de langue et les particularités stylistiques. Le résultat est une collection de récits qui nous font faire le tour du monde arabe avec ses multiples facettes empreintes de violence et où les différentes quêtes d’émancipation individuelles semblent vouées à l’incertitude si ce n’est à l’échec.

D’abord le seul roman historique de la série : dans la ville de Fès, les pestiférés et les opposants politiques sont jetés dans la même prison alors qu’une guerre sans merci oppose le Sultan et le Calife qui n’était que son propre fils. Un vent d’Est (Rih el-charki de Mohsen el-Wakili), écrit dans une langue bien soutenue, qui sème la malédiction dans ce Maghreb moyenâgeux rappelant souvent une certaine actualité.

Avec un style qui se rapproche du juteux parler égyptien, Ahmad Magdy Hammam, chroniqueur littéraire lui-même, raconte sur un rythme enjoué (dans Ayache) l’ascension et la chute d’un journaliste cairote débrouillard et amoureux qui joue les délateurs et les apprentis sorciers dans un milieu de presse pourri par les rapports de force et le clientélisme. Procès virulent d’une société aux prises avec ses maux endémiques.

Saleem el-Beyk vit à Toulouse. Ce Palestinien né dans le camp de réfugiés Yarmouk à Damas et qui a fait un bon séjour aux Émirats arabes unis raconte le quotidien de l’exil dans une ville de province française où la découverte de l’autre se fait à travers une hantise des détails depuis les petits gâteaux de la boulangerie jusqu’aux corps des femmes en passant par diverses obsessions culturelles et comportementales. Le récit se termine par un retour incertain en Palestine (Deux Villets pour Saffouriye).
Le roman de Bassam Chamseddine au titre pourtant bon enfant, Promenade familiale (Nouzha ‘Aiyliya) commence avec la rupture délibérée d’un code de bonne conduite entre deux tribus yéménites. Un assassinat commis un jour de marche, entraine une suite de réactions vengeresses qui éclairent la composition de cette part essentielle de la société yéménite et ses pratiques violentes et archaïques résistant à l’irruption d’une certaine forme de modernité.

Samir Youssef revisite dans Brûlures de neige (Hourouq el-thalj) son Akkar libanais natal. Entre les échos de la guerre en Syrie qui parviennent à travers la frontière toute proche et la fréquentation effrénée des sites pornographiques, un jeune agent des Forces de sécurité intérieure s’enfonce dans une perte des repères familiaux et personnels. Une chute bien humiliante.

Le Paradis des chauves-souris (Jannat el-khafafich) du Soudanais (du Sud) Boy John est l’histoire d’une quête. Le médecin Archangelo Merjan part vers le Sud chercher la piste d’un père assassiné dans des circonstances troubles, qu’on disait musicien guitariste mais qui s’avère mêlé à des questions politiques liées aux origines du dernier né des États arabes. 

Un trio de dévoyés sévit, enfin, dans le Quartier dangereux (Al-Hay el-khatir), un bidonville mal famé d’une ville marocaine. Mohammed Ben Mayloud, poète né dans les environs, nous emmène avec beaucoup de maitrise et une écriture coupée au couteau dans les tréfonds de cette agglomération où violences et atrocités ne laissent pas de place à une possible humanité. Mourad, le personnage principal, incarne d’ailleurs l’impossibilité de déroger à un déterminisme social impitoyable. Tu y es né, tu y restes.

Avec une langue arabe juste colorée aux accents locaux, les sept romanciers partagent les repères d’une arabité où le dénominateur commun est, ces jours de grands troubles, surtout culturel.

Romans tous parus chez Dar el-Saqi, Beyrouth, décembre, 2016.
 
 
D.R.
 
2017-05 / NUMÉRO 131