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Roman
Miguel Bonnefoy : une réjouissante épopée vénézuélienne


Par Georgia Makhlouf
2015 - 11
Né à Paris en 1986, d'une mère diplomate vénézuélienne et d'un père chilien, Miguel Bonnefoy a grandi entre la France, le Venezuela et le Portugal. Il a obtenu deux masters à la Sorbonne, et ses travaux ont été consacrés à Louis Aragon et à Romain Gary. Parfaitement bilingue, il a fait le choix d'écrire directement en français et il a obtenu en 2013 le Prix du Jeune écrivain de langue française pour une nouvelle intitulée Icare. Dans un entretien récent, il déclarait : « La tâche de la littérature sud-américaine est de donner voix au grand silence de notre histoire. » Tâche à laquelle il s’attelle dans Le Voyage d’Octavio, premier roman onirique et picaresque au charme irrésistible, qui s’inscrit dans la veine luxuriante creusée par García Márquez ou Alejo Carpentier et qui a obtenu le Prix littéraire de la Vocation 2015 – tout en restant en lice pour d’autres prix à venir. 

Faute de papier, on peut toujours demander au médecin de graver son ordonnance sur une table. Puis la promener sur son dos jusqu’à la pharmacie du bidonville. C’est ainsi que commencent les tribulations d’Octavio, paysan analphabète qui va bientôt tomber amoureux d’une comédienne insomniaque qui se prénomme Venezuela et qui lui apprendra l’écriture ; travailler pour un brigand « délicat » et « chevaleresque » qui « n’envisage le crime autrement qu’avec rhétorique », et qui va organiser le cambriolage du domicile de la belle Venezuela – obligeant du coup Octavio à une douloureuse séparation ; et gagner sa vie en portant sur son dos des gens qui veulent traverser un torrent tumultueux. Le voyage initiatique qu’entreprend Octavio est en réalité le récit de la bouleversante rencontre entre un homme et son pays et de sa tumultueuse réconciliation avec son propre passé. Mais c’est aussi un beau plaidoyer en faveur du pouvoir des mots : « Quand il parvint à lire une phrase entière sans hésiter, et qu’il ressentit l’émotion brutale de la comprendre, il fut envahi par le désir violent de renommer le monde depuis ses débuts », écrit Bonnefoy. Nommer le monde, revisiter une histoire par le biais de la fiction, voilà sans aucun doute le propos de l’auteur qui affirme clairement qu’au-delà des différents personnages qui peuplent son récit, c’est le Venezuela, ce pays « plein d’imaginaire et de révolte » qui en est le héros central ; un pays à l’odeur de mangue dont il donne à voir les couleurs terriennes, la végétation luxuriante, les forêts aux essences rares et les paysages sauvages ou domestiqués par le travail des hommes. Nommer le monde donc, mais par le biais d’une langue réinventée, car l’auteur n’hésite pas à émailler son écriture de mots qu’il a été chercher dans « les poubelles de la linguistique ». La modernité de la langue, dit-il, consiste à se réapproprier des mots oubliés pour qu’ils redeviennent les mots de demain, et à ne pas craindre les archaïsmes et les anachronismes, souvent porteurs d’une beauté inattendue et neuve. Ce roman bref est plein d’une énergie joyeuse et d’une jubilation qu’on trouve rarement dans la littérature française. C’est là sans doute une des causes de son immense succès. 



Miguel Bonnefoy au Salon
Table ronde « La littérature de voyage », le 24 octobre à 19h (Amphi. Gibran)/ Signature du Voyage d’Octavio à 20h (Virgin)

Lecture poétique de L’Échappée de Akl Awit, le 27 octobre à 19h (Salle RDC)
 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Le voyage d’Octavio de Miguel Bonnefoy, Rivages, 2015, 128 p.
 
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