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Poème d’ici
Parole du Qarmate


Par Chawki Abdelamir
2014 - 04

Né à Nassyria en 1949, le poète, traducteur et journaliste irakien Chawki Abdelamir, enseigne l’arabe dans différentes villes d’Algérie entre 1970 et 1973 puis retourne en Irak pour accomplir son service militaire. Abdelamir s’installe à Paris en 1974 où il exerce dans les années 1980 des fonctions diplomatiques à l’ambassade du Yémen du Sud. Chawki Abdelamir dirige aujourd’hui à Beyrouth le bureau de coordination de Kitâb fî jarîda (Un livre dans un journal), un programme lancé en 1997 par l’Unesco et visant à diffuser dans la presse arabe partenaire, des textes ou des poèmes d’auteurs majeurs, classiques ou contemporains, afin de les rendre accessibles au grand public. Chawki Abdelamir a traduit en arabe plusieurs poètes français dont Guillevic. Il a aussi traduit en français Adonis. Depuis son premier recueil Parole du chantre de la péninsule arabique, Abdelamir a publié plusieurs recueils de poèmes et contribue activement au dynamisme de la littérature en langue arabe.

 

Parole du Qarmate

Maître Qarmate
Sur l'ossature du mot, j'ai touché
un cadavre et un pays
Pour eux j'étais arbres
et zénith
Sur l'ossature du mot, j'ai dressé
ma stèle
en m'inclinant sur mon voile de braise
j'ai étendu cette victime nommée Irak
(…) Le Qarmate m'a dit
J'ai conquis un minaret
pour l'échanger contre une pieuse nuée
Ainsi est l'Orient
minaret de désolation
tourments
et terre
La mort des oiseaux ne dépeuple pas l'horizon
Dans les fosses les minarets vieillissant
deviennent foyers, pays, villes à prendre
et la voix demeure ton exil
Mais tu es Qarmate
tu as fait de la nuit une religion de l'aube
dans un mort en prière tu as trouvé ta foi
sur une selle de cheval
tu as établi ta terre
Maître Qarmate ! J'enflammerai ton ombre
j'ouvrirai ma fenêtre
pour que les déserts et la nuit viennent à moi
et délaissent la carte du monde arabe 

 

Rêve II

Alors que je ne voyais que mon visage
Dans la forêt du passé
Je reste sur un rivage
Pour assécher comme un drap mouillé
L’âge du fleuve.
Là l’Euphrate : larmes et falaise.
Je n’en étais que l’écho et la parole.
Je change la blessure en blessure
Et le salut en mots.
Montre-moi ma main
Pour qu’années et blessures
Deviennent mains.

Parole du rêve

Alors que là-haut
Me revenait le rêve
J’étais seul
Oiseau à l’orée de la nuit.
Sans me faire verbe
Il a légué à l’encre ses éléments
Et à mon sang
Un peu de ses forêts et de ses mystères.
(…) De ce rêve je ne connais que ces mains
Qui étreignent des arbres
Gorgés d’absence, de peine
Et d’une pluie pourpre
Qui purifie mon chant.
(…) Le rêve m’a dit :
- Je tire orgueil
De m’abreuver au bout des cimes.
Le vent est l’enfance d’un chant
Qui ne saurait vieillir.
(…) Pour un chant sur ta plaie
Comme cendre incandescente
Pour cette voix recouvrant ta voix diffuse
Pour une banderole qui ne fut que mon feu
Pour un silence qui est visage
Venu hisser les années
Sur la selle de mon attente
Je recueillerai les villages-forêts de l’hier
Ou je me dissoudrai en arbres entre des mains.
Arbres à venir
Sang luxuriant
Entre deux pouces.

Poèmes traduits de l’arabe par Eugène Guillevic et Mohamed Kacimi 

 
 
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