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2018-11 / NUMÉRO 149   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poème d’ici
Aux frères indicateurs


Par Mohamed al-Sghaier Ouled Ahmed
2012 - 08

Né en 1955 à Sidi Bouzid, le poète tunisien Mohamed al-Sghaier Ouled Ahmed travaille d’abord comme animateur culturel puis connaît le chômage de 1987 à 1991. Dans les années 90 à Paris, il rêve de créer une maison de la poésie en Tunisie et ne cessera de travailler depuis pour la réalisation de ce projet. En 1992, il refuse une décoration nationale d’art et de culture. En 1993, sa constante détermination est récompensée par l’inauguration à Tunis de la Maison de la poésie. Marquée par les années noires de la Tunisie, sa poésie dit le désenchantement, les peines et l’esprit de liberté et de révolte de toute une génération.

 

 

Aux frères indicateurs

 

L’indicateur n’a pas maintenant à être dans mon ombre

Et lapider les oiseaux sur ma lèvre

Car je suis le roi de la nuit

Et je n’ai point de secret...

Sauf mon visage

Et mon encre qui coule sur le nombril de la capitale

Et que cela soit :

Je passerai seul la journée

Un sein me troublera soudain

Je saluerai le drapeau !

Un enfant m’interrogera sur les frontières du pays

Je l’interrogerai sur les confins de la langue

Et advienne que pourra

Seulement...

L’indicateur n’a pas maintenant à être dans mon ombre

Et tuer les oiseaux sur ma lèvre

Car je suis le roi de la nuit

J’ai pitié de tous les indicateurs

Et suis dur pour une lèvre froide.

 

 

Papier

 

Je suis guéri de la poésie

Je n’ai plus mal

Hormis ma crainte pour une nation inquiète

Mais une chose simple me trouble :

Le vers de poésie est dans la potence

Je suis allé à maintes reprises à la tombe

Mais ils m’ont chassé...

Et seul le papier m’a supporté.

 

 

Je n’ai pas de problème

 

Je n’ai pas de problème

Tout chat que je vois seul errant

Je l’embrasse

Tu es mon fils le grand

Et m’en retourne

À ma solitude

 

Jamais 

Je n’ai de problème

Après dix bouteilles vertes

Dont je ferai les bases de ma cité parfaite

Et nommerai mon commensal à sa tête

Puis ma poésie dictera sa loi

Je ramènerai les soldats à leur devoir sentimental

Et m’en irai

À mon verre oublié

 

Je n’ai pas de problème

 

Quand je serai mort

Seuls auront marché derrière moi ma plume

Mes chaussures

Et le rêve des bourreaux

 

(…)

Je n’ai pas de problème

Quand les fleurs irritent mes poches

Je les dessine avec la plume

Et le drapeau

Et quand ce drapeau dénude mes fils

Je le déchire étoile par étoile

Tandis que je recouds leur nudité

Tandis que j’embrasse la terre sans nommer Dieu

Je n’ai pas de problème

Je n’ai pas de problème.

 

Traduit de l’arabe par Tahar Bekri 

 
 
© Sébastien Champeau
 
2018-11 / NUMÉRO 149