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Poème d’ici
Une goutte de pluie


Par Saïd el-Mahroug
2011 - 04

Saïd el-Mahroug, dit Sifaw, naît en 1946 à Jadou, dans une région montagneuse berbérophone du nord-ouest de la Libye. Ce poète, avocat de profession, écrit en arabe et en amazigh, sa langue maternelle, à l’heure où la culture amazighe est prohibée et le peuple amazigh persécuté par le régime du président libyen Kadhafi. Sifaw, emblème de la résistance amazighe, est alors un dissident qui dérange. En février 1979, à la suite de nombreux harcèlements que lui inflige la police, Sifaw est victime d’un accident de la circulation attribué aux services du régime. Handicapé à vie, il meurt en exil, le 28 juillet 1994, à Djerba, une île tunisienne. De tous ses écrits, seuls deux ouvrages, un recueil de contes amazigh traduits en arabe : Les voix de minuit, et un recueil de poésie Poèmes silencieux, ont été publiés. L’essentiel de son œuvre littéraire inédite se trouve dans des bibliothèques privées. Sifaw disait souvent « qu’en Libye, faire de la poésie peut passer pour un crime. Et c’est ce crime que j’ai choisi de commettre ».

 

Une goutte de pluie
Tombe sur le front de la terre
Pour l’infiltrer
Caresser les racines
Puis les tiges
Puis les feuilles
Et quand le vent chaud souffle
Elle remonte au ciel et vole
En nuage elle passe si haut
D’un horizon à l’autre
Puis elle revient
Une goutte de pluie.
Ainsi, c’était bien lui l’aventurier.
L'homme.
Ne pense pas qu’il ait disparu
Ou qu’il soit déchiré par le temps.
Ne pense pas !
Ne murmure pas !
(Il est fini et le volcan éteint).
Laisse-le mourir
Pour qu’il revienne
Plus aventurier qu’il ne l’était.
La lettre ne mourra pas sur ses lèvres
La lettre notre trésor hérité.
(…) Ne pense pas
Que la terre soit aride
Ou que la lumière soit éteinte.

 

Poème traduit de l’arabe par Isten Aït Willul.

 
 
D.R.
 
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