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2016-08 / NUMÉRO 122   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Rio, des jeux à toute vapeur
2016-08-04
 
 
Dès le 5 août, l’attention du monde sera focalisée sur les Jeux olympiques de Rio de Janeiro, l’ancienne capitale du Brésil. Tout a déjà été dit sur la « ville merveilleuse » : sa beauté, son énergie, ses plages, sa musique (samba, bossa nova, etc.), son architecture, son carnaval, son stade de football, ses favelas, sa douceur de vivre et sa violence. En 1940, Geneviève Naylor, après avoir été l’apprentie du célèbre photographe Berenice Abbott, est devenue la première photo-reporter engagée par l’agence Associated Press. Elle reçoit, à 25 ans, une mission du département d’État américain. Il s’agit de rapporter du Brésil des images de propagande montrant la bonne entente entre les pays d’Amérique du Sud et les Alliés, alors en guerre contre les forces de l’Axe. À son arrivée à Rio, la jeune et curieuse Naylor, tout en menant sa tâche d’illustrer les symboles du progrès et du développement à l’occidentale sous la dictature Vargas, en profite pour capturer d’autres facettes, plus bariolées, de la vie carioca. Malgré les restrictions imposées à l’époque, elle saisit les portraits des différentes classes sociales : des bourgeois aux saltimbanques, des paysans déracinés aux danseurs du carnaval (photo), des voleurs aux pêcheurs. Sous son objectif se révèle un autre monde, non documenté à l’époque et loin de l’imagerie officielle de « l’État nouveau » mis en place par Vargas en 1937. Ces nombreux clichés ne sont pas sans rappeler le travail documentaire des photographes américains Dorothea Lange et Walker Evans sur la grande dépression, voire celui d’Henri Cartier Bresson. Geneviève Naylor, de retour aux USA en 1942, aura droit à une exposition personnelle exceptionnelle au Musée d’art moderne de New York puis poursuivra sa carrière dans la mode, chez Harper’s Bazaar et Vogue. Son incursion visuelle dans le Brésil « d’en-bas », à l’opposé du regard myope du pouvoir et des médias officiels, nous rappelle l’évidence. Derrière les images télévisuelles scintillantes et les nombreux reportages de complaisance, dont nous allons être abreuvés ces prochaines semaines, existe une part moins glorieuse, parfois sombre, mais bien vivante du géant sud-américain. Les Jeux seront une petite parenthèse festive dans la vie d’un Brésil toujours agité, toujours déchiré, mais toujours passionné. Et passionnant. Alexandre Medawar The Brazilian Photographs of Genevieve Naylor, 1940-1942 de Robert M. Levine, Duke University Press, 112 photographies en N&B, format 23 x 30 cm, 1998, 144 p.
 
2016-08 / NUMÉRO 122