FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2015-03 / NUMÉRO 105   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
La photo du mois
De si calmes champs de bataille
2015-03-05
 
 
Si les champs de bataille en ce début de XXIe siècle s'inscrivent principalement dans la géographie du Moyen-Orient, ceux du XXe siècle, nombreux et intenses, n'ont quasiment pas laissé un seul continent intact. En Europe, conflit Yougoslave mis à part, on aurait même tendance à penser que la guerre est un phénomène uniquement lointain. Pourtant, c'est bien au cœur de celle-ci que se sont déroulés les deux conflits les plus brutaux et meurtriers du siècle dernier. Certains paysages s'en souviennent encore, mais dans la plupart des cas, l'œil est aveugle à ce que la mémoire sait. Le photographe suisse Peter Hebeisen a parcouru plus de 40 000 km en sept ans pour faire l'inventaire paysager des champs de bataille européens du XXe siècle. De la bataille de Galipoli à Aznac en Turquie (1915-1916) à l'opération Overlord sur Omaha Beach en Normandie (1944) en passant par les sièges de Sébastopol en Crimée (1941-1942) ou celui de Léningrad en Russie (1941-1944), ce ne sont pas les hauts lieux de la boucherie humaine qui manquent. Et pourtant... Qui pourrait dire aujourd'hui que ces paysages si calmes et apaisants, rendus pour la plupart à la nature, ont été autrefois, mais il n'y a pas si longtemps de cela, le lieu des affrontements les plus marquants de l'histoire européenne (et mondiale) ? C'est en tout cas l'impression que reflètent les 95 images en grand format de Peter Hebeisen dont le travail est proche de celui des peintres des paysages de tradition romantique. À chaque fois, il a placé son objectif sur une légère hauteur, à trois mètres du sol, adoptant la perspective d'un général se tenant droit sur son cheval pour mieux observer son théâtre de guerre sous un angle stratégique. Cette entreprise passionnante, car source de méditation sur l'histoire, sur la guerre, sur le prix payé par les populations et sur les profits faits par quelques-uns, mériterait d'être poursuivie au-delà des frontières de l'Europe. Les images sont la mémoire de l'homme. Chaque vaincu devrait y avoir droit ; car les guerres ne font que des vaincus. Alexandre Medawar Battlefields de Peter Hebeisen, accompagné de textes de Gisela Fempel, Gerhard Paul et Moisés Prieto, Hatje Cantz, 95 illustrations en couleur, 28.70 x 32.70 cm, 2014. 144 p.
 
2015-03 / NUMÉRO 105