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2019-11 / NUMÉRO 161   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Hommage
Mahmoud Amin al-Alem, humaniste et marxiste arabe


Par Antoine DOUAIHY
2009 - 02
Né en 1922 au Caire, dans le quartier populaire de Darb al-Ahmar (Le Sentier rouge) – qui sera celui de sa longue vie de communiste engagé –, décédé à 87 ans, le 10 janvier dernier, Mahmoud Amin al-Alem est l’incarnation même du marxiste humaniste, esprit encyclopédique épris de liberté, de justice, d’ouverture, de dialogue et de tolérance, oiseau plutôt rare en terre d’Orient dans ces débuts décevants du XXIe siècle. Auteur d’une vingtaine d’ouvrages et d’innombrables articles et interventions, penseur politique aux dimensions philosophiques et socio-historiques, critique littéraire, journaliste, professeur d’université et poète, al-Alem a associé cette immense activité intellectuelle à un militantisme au quotidien durant une soixantaine d’années. Il a épousé très tôt la cause du peuple, participant à l’âge de 13 ans aux violentes manifestations du Caire en 1935 contre la suspension de la Constitution de 1930. À partir de cette date, il sera le témoin de plus en plus actif des grands bouleversements du XXe siècle en Égypte et dans le monde arabe. Contemporain du roi Fouad Ier, du roi Farouk, de Nasser, Sadate et Moubarak, al-Alem mène une vie mouvementée, pleine d’épreuves au service de sa cause, qui en a fait un grand symbole de l’intellectuel arabe engagé, avec un rayonnement dépassant les frontières de son pays natal et du Moyen-Orient, jusqu’en Grande-Bretagne où il enseigne au St. Anthony’s College à Oxford au début des années soixante-dix, et surtout en France où il a été introduit par son ami, Jacques Berque, à l’Université de Paris-Vincennes, pour y enseigner la pensée arabe de 1973 à 1984, date de son retour définitif en Égypte après la mort du président Sadate. Pourtant, les débuts d’al-Alem ont été marqués par la philosophie de Nietzsche (ayant lu à un âge précoce une traduction arabe de Ainsi parlait Zarathoustra), puis par l’œuvre de Louis Massignon sur le grand mystique arabe, al-Hallâj. Fils d’une famille d’ulémas – d’où son nom d’al-Alem – intimement liée à al-Azhar, il ne tarde pas à se sentir tiraillé entre son milieu conservateur religieux d’une part, et la pensée moderne qui le fascine, de l’autre. Sa découverte de l’ouvrage de Lénine, Matérialisme et Empiriocriticisme, sera décisive pour ses options idéologiques, le faisant adhérer définitivement au marxisme. Cette adhésion a suivi, toutefois, un chemin assez rare, celui de la réflexion esthétique. C’est à travers sa recherche sur la signification de l’œuvre d’art que al-Alem a opté pour la pensée marxiste qui lui a révélé la « loi de la nécessité » appliquée à la littérature et aux arts, conçus à la fois dans leur spécificité et leur inscription structurale dans le social et l’historique. Son engagement politique l’a mis au cœur même des principales organisations communistes et socialistes égyptiennes. Il a rempli des fonctions illustres dans la presse cairote, dont celle de directeur en chef d’al-Joumhouriya  et d’al-Akhbar. Al-Alem a toutefois payé cher sa liberté d’esprit. Il a connu l’exil sous Sadate, la prison, la torture et les travaux forcés sous Nasser, notamment de 1959 à 1964, qui constituent les années les plus noires de son existence. Plusieurs de ses camarades y ont laissé leur vie, dont Attia al-Chéfii et Farid Haddad.


 
 
 
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