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Biographie
Marlène, de chair et de lumière


Par Fifi Abou Dib
2019 - 05


Professeur émérite à l’université de Paris IV Sorbonne, Jean-Paul Bled est un historien reconnu, spécialiste de l’Allemagne et de l’Autriche-Hongrie, qui signe avec Marlène Dietrich, La scandaleuse de Berlin, le parcours d’une femme jugée fatale, sensuelle et sophistiquée, mais libre par-dessus tout. Le destin de Marlène Dietrich fut étroitement marqué tant par les débuts du cinéma parlant que par la Seconde Guerre mondiale où, bien qu’allemande, elle a choisi de soutenir les alliés. Profondément attachée au Berlin de son enfance et de sa jeunesse, c’est pourtant à Paris qu’elle choisit de finir sa vie. Celle qui chantait « J’ai encore une valise à Berlin » a eu la joie, trois ans avant sa mort, d’apprendre la chute du mur qui séparait sa ville en deux mondes. 

Son parcours d’actrice, de chanteuse et de résistante, Marlène Dietrich l’avait elle-même consigné dans ses propres Mémoires, œuvre qu’elle considérait définitive et réfractaire à toute révision, soustraction ou ajout, quitte à considérer toute autre tentative de relater sa vie comme mensongère ou superflue. En 1993, quelques mois après la mort de l’actrice, le fonds d’archives de Marlène Dietrich déposé à la Deutsche Kinemathek à Berlin offre à Jean-Paul Bled une occasion rêvée de réexaminer les vérités et contre-vérités livrées dans l’autobiographie officielle de l’icône et d’y ajouter les détails contextuels et chronologiques utiles à cette relecture. Aidé de Silke Ronneburg, responsable de ce fonds d’archives, et de son fils Marc Bled, grand cinéphile, Jean-Paul Bled se plonge dans une enquête fouillée dont il ramène un récit biographique exhaustif et objectif auquel on ne saurait reprocher une certaine froideur académique.

Issue, par sa mère née Joséphine Felsing, d’une lignée de riches horlogers et joailliers berlinois, Marlène Dietrich, orpheline de père avant l’âge de 7 ans, reçoit une éducation stricte. C’est à travers son attachement à sa maîtresse de français que la jeune fille se prend d’une passion secrète pour la France en pleine Première Guerre mondiale. Particulièrement douée pour le violon, Marlène se destine à une carrière de soliste. C’est paradoxalement le régime intensif des répétitions qui aura raison de son ambition : victime d’une inflammation de l’annulaire de la main gauche, elle doit renoncer à son rêve. Mais elle joue dans des orchestres qui accompagnent les films muets et envisage de devenir comédienne, fascinée qu’elle est par Henny Porten. Dans le Berlin aux mœurs libérées et en pleine décompensation post-guerre, Mecque du cinéma mondial et d’une nouvelle culture de masse entre radios, magazines, cafés, cabarets et salles de spectacle, Marlène décroche au début des années 20 ses premiers petits rôles, à la fois chanteuse et vedette de revues. Elle épouse Rudi Sieber dont elle ne divorcera jamais et forme avec lui un couple étrange, aussi soudé qu’abstinent, chacun s’autorisant par ailleurs des liaisons dont il ne fait pas mystère à l’autre. Parfaite maîtresse de maison et maman dévouée de sa petite Maria, Marlène est déjà lancée quand Josef Von Sternberg, qui est en 1929 l’un des réalisateurs les plus en vue de Hollywood, fait d’elle son « Ange bleu » contre l’avis de ses collaborateurs qui ne voient pas à Marlène l’étoffe du rôle. Sternberg devient son pygmalion, lui apprend à jouer avec la lumière qui la transfigure. Elle incarne le glamour et commence une carrière internationale. L’historien nous invite à la suivre, d’une liaison amoureuse à l’autre, de Remarque à Gabin, de Gabin à Brynner qui a raison de sa superbe, de Paris à Venise, à New York, à Hollywood. Farouchement antinazie, elle chante pour les soldats alliés sur les champs de bataille. Vedette planétaire, durant les dernières années de sa vie elle souffre d’une mauvaise circulation dans les jambes et de chutes terribles, conséquences d’un cancer du col de l’utérus qui sera traité avec succès. C’est à Paris que s’éteint le 6 mai 1992, à 90 ans, celle qui fut littéralement un être de lumière. Elle sera inhumée à Berlin, en citoyenne américaine, au cimetière de Friedenau à côté de sa mère, après une cérémonie émouvante à l’église de la Madeleine.

 
 
BIBLIOGRAPHIE   
Marlène Dietrich, la scandaleuse de Berlin de Jean-Paul Bled, Perrin, 2019, 352 p.
 
 
 
D.R.
 
2019-11 / NUMÉRO 161