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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Bande dessinée
Olympe, la libertine
Olympe de Gouges fut une figure emblématique de la Révolution française. Revendiquant l’égalité entre les sexes et le droit de vote pour les femmes, elle a marqué les esprits et a encouragé ses consoeurs à lutter pour devenir des citoyennes de plein droit.


Par Zeina BASSIL
2012 - 10
Parmi les nombreux personnages qui ont marqué l’histoire de la France, celui d’Olympe de Gouges ne serait pas des moindres. Marie Gouze, alias Olympe de Gouges, matraque la société française en dénonçant le racisme et l’esclavage, puis en s’engageant dans la Révolution française. Ses écrits, précurseurs en 1791, revendiquent les droits de la femme et de la citoyenne. Elle demande l’égalité entre les sexes et le droit de vote. Avec ses idées inconcevables pour cette période, elle laisse indéniablement une trace dans les livres d’histoire et surtout dans les esprits féministes. 

Revenant sur la biographie de cette belle et puissante femme, Catel et Bocquet décident de nous raconter avec allégresse et justesse son ascension vers la gloire et sa retombée. À une époque où la vie n’était pas toujours facile pour une femme qui serait dans la majorité des cas illettrée et mariée à quinze ans, Olympe de Gouges prend des décisions qui changeront à jamais l’image de la femme européenne et sa place dans la société.

Marie est née à Montauban autour de 1748. Fille d’une petite bourgeoise mariée à un boucher qui daigne s’aventurer dans le lit de monsieur Lefranc de Pompignan, poète et président de la cour des aides. Marie grandit auprès de sa mère et apprend à lire et écrire. Mariée de force à seize ans à l’officier de bouche du compte de Gourgues, ce dernier a la décence de la rendre mère puis veuve à dix-huit ans. Elle décide à ce moment de mener une vie de libertinage et de ne plus jamais se lier à un homme. Elle trouve dans le personnage de Jacques Biétrix de la Rozières un amant et un protecteur. Il emmène sa maîtresse accompagnée de son jeune fils Pierre à Paris, la loge à ses côtés et lui assure une vie plaisante et sereine. Marie se fait alors appeler Olympe de Gouges. Elle exploite son amour pour le théâtre et la littérature, et fréquente les salons les plus prestigieux, ceux de Madame Helvétius et de Madame de Montesson. Côtoyant les hommes de lettres tels Rousseau, Voltaire, Mirabeau, elle réussit à faire jouer ses pièces de théâtre révoltées et engagées et se fait admettre à l’Académie française. Plus tard, elle s’embarque dans la révolution en conservant sa liberté de pensée et ses convictions contre un système rigide suite à la mort de Louis XVI. Sa fin tragique fut aussi
violente que ses attaques contre Robespierre, Marat et leurs alliés. Non seulement elle ose se mêler à la politique, 
mais elle insiste surtout sur le statut de la femme et ose proclamer que cette dernière est à la naissance égale à l’homme. Olympe de Gouges plante la première graine des revendications féministes qui perdurent jusqu’à nos jours.

Cet énorme pavé ne devrait pas susciter terreur, car venir à bout de ces pages n’est que plaisir et fluidité. Ce roman graphique se confond fortement avec un roman historique où les événements de l’époque sont habilement dissimulés, des plus importants comme le décollage de la première montgolfière, ou des plus banaux dans les scènes qui dévoilent la présence de Benjamin Franklin dans un des salons de Paris. Bénéficiant d’un éventail de personnalités importantes, de grands penseurs, artistes et philosophes, nous caressons de planche en planche les portraits des fils des Lumières de la France ainsi que de l’imposante héroïne.

Catel Muller a sans doute puisé inspiration dans les peintures du XIIIe siècle pour retracer des décors, des costumes, des modes et des ambiances où se promènent des personnages dont la morphologie est étudiée et respectée tout en restant doux et légers, fidèles au style de la dessinatrice. À l’encre noire, elle retrace des architectures, des cours, et des scènes de foules en relevant le défi de la composition et de la rigueur. En complétant le travail minutieux et consistant de la dessinatrice, José-Louis Bocquet fignole un scénario aussi fidèle que recherché. Ses dialogues se basent sur les écrits de biographes, des manuscrits d’époque, des Mémoires et des textes littéraires. Ayant précédemment visité ensemble de grandes icônes de l’histoire, comme Kiki de Montparnasse, Catel et Bocquet se prêtent encore à cœur joyeux à cet exercice qui leur procure reconnaissance, admiration et critiques encourageantes.

La magie de cette histoire réside dans le personnage d’Olympe de Gouges. Câline et coléreuse, amusante et engagée, tendre et battante, sexuelle et respectueuse, elle ne perd à aucun instant son point de mire. Elle incarnerait une femme, une vraie, celle pour qui tout homme deviendrait un fervent féministe.


 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Olympe de Gouges de Catel Muller et José-Louis Bocquet, illustrations en noir et blanc, Casterman, 2012, 487 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166