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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Hôtel parisien de charme


2016 - 03
Il paraît que c’est génial. Et qu’il ne faut surtout pas le rater. Situé tout au fond d’une impasse (plutôt coupe-gorge à votre avis) de Saint-Germain, il est, vous dit-on, plein de charme. Ce qui signifie, en clair, que la réceptionniste est perpétuellement maussade et que personne ne vous porte vos bagages que vous traînez lourdement dans un lobby plus petit que le salon de Barbie de votre nièce jusqu’à un ascenseur poussif des années quarante. Là, écrasée contre l’opulente poitrine d’une dame américaine rougeaude en short, ravie de se trouver dans le Paris de Woody Allen, vous manquez étouffer. D’autant plus que les grincements et les soubresauts de l’engin bringuebalant ne sont guère rassurants.

Votre chambre, elle, toujours pour cause de charme, est sombre et mansardée. Ce qui fait que vous vous cognez douloureusement la tête à chaque mouvement. Sans compter que le lit relève de la literie de moine de Saint-Charbel, mais en plus dur. Sauf que vous, vous n’avez pas fait vœu de pauvreté. L’étroite penderie est visiblement conçue pour un intello parisien ne possédant que deux pulls et un jeans, ce qui fait que votre vaste garde-robe de beyrouthine mondaine finit entassée dans votre valise, elle-même en équilibre précaire sur un tabouret bancal.

Quant à la salle de bain, faite pour des nains, elle ne possède qu’un seul miroir chichement éclairé par des appliques en bronze Belle Époque, dignes d’une loge de cocotte. Par contre, il y a plein de tableaux effrayants de peintres slaves inconnus qui ravissent votre intello de mari. Vous remarquez qu’il prend plein de poses d’écrivain sur la table de travail en bois à l’ancienne, se prenant pour Hemingway et rêvant, sans oser vous l’avouer, d’une vie d’auteur maudit et misérable à Saint-Germain.

Vous le sortez brutalement de sa douce rêverie. Vous ne resterez pas une minute de plus dans cet hôtel recommandé par ses vieux copains de fac, ex-anars intellos sur le retour. Vous exigez une chaîne américaine. Oui, oui. Un Hilton ou un Marriott. Avec un immense lit ultra confortable, de gros coussins moelleux et une salle de bain digne d’une star de Hollywood. Si possible, éclairée au néon. Si, si. Sans livres, ni tableaux, mais avec un écran télé géant et un immense plateau de sucreries.

Mais surtout, surtout, sans aucun charme.

Décidément, il faut le reconnaître, vous êtes une fausse intello.
 
 
 
2020-04 / NUMÉRO 166