FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Hors quinoa, point de salut


2014 - 01
Il fut un temps où sur les tables beyrouthines classieuses régnait une règle d’airain : le menu d’un dîner se devait de comporter invariablement une entrée de légumes, une autre de pâtes et une salade dite « exotique », laquelle, au fil des années, est devenue si commune que vous trouvez désormais chez Abou-Tony, votre épicier du coin, tous ses ingrédients, palmitos, asperges, endives et autres champignons frais…

Quant aux plats principaux, votre chère maman si « comme-il-faut » comme elle le dit joliment, aurait été mortifiée si sa table ne respectait pas la sacro-sainte trilogie « poisson-viande-poulet ». C’est ainsi qu’on se régalait durant les dîners en ville d’un bon gigot bien tendre avec des pommes de terre croustillantes, d’un coq au vin longuement mijoté et d’un énorme poisson grillé avec une sauce pimentée à tomber de plaisir. Quant aux desserts, on avait l’embarras du choix : gâteau moelleux au chocolat, baba au rhum avec crème chantilly onctueuse, fraisier monumental et l’incontournable salade de fruits « exotiques », l’exotisme étant décidément une obsession beyrouthine.

Hélas, ces jours heureux ne sont plus. Et cela sous l’action conjuguée des diktats de la minceur, du naturel écolo et du « retour aux sources ». C’est ainsi que l’on dîne désormais dans les invitations branchées de Beyrouth d’une salade de lentilles dures, d’un plat de pois chiches et de haricots secs au fenouil (?), d’un borghol à la tomate et de son équivalent importé, l’incontournable quinoa, assaisonné à toutes les sauces possibles et dont l’unique avantage, à votre avis, est de vous donner des points en plus au scrabble.

Quand le dessert s’annonce sous la forme d’un blé chaud aux pignons, amandes et noix, d’un miel sauvage nature et d’une mélasse de caroubier brunâtre, vous déclarez forfait, remerciez vos hôtes pour cette « délicieuse » soirée et décidez illico de dîner chez vous « pour de vrai » d’un steak saignant et d’une salade de fruits en boîte bien sucrée.

Décidément, les temps sont durs !
 
 
J-L Forain / Le Buffet 93,5 x 148 cm, huile sur to
 
2020-04 / NUMÉRO 166