FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
La petite maison dans la prairie


2013 - 09
C ’est une maison de campagne comme tous les montagnards en possèdent chez nous, de celles qui ne feraient pas mentir le doux cliché « heureux celui qui possède un enclos de chèvre au Mont-Liban ». Perchée très haut sur une colline, il vous faut la mériter en traversant cahin-caha un sentier pierreux et escarpé qui en découragerait plus d’un. C’est que modeste, elle se cache des regards, soucieuse de préserver un délabrement élégant, signe indiscutable de son statut de notable déchue. Et ce n’est pas l’arrogante villa en pierre d’à côté, pourtant dotée d’un double escalier à perron, preuve éclatante de la réussite du voisin émigré d’Afrique, qui réussirait à lui faire de l’ombre.

Là, sous l’ombre bienfaisante d’un immense chêne, les amis de toujours, malgré leurs tempes blanchies par le temps qui passe et leur statut étrange de grands-pères adolescents, discutent encore politique avec la même passion, juste un peu plus cyniques, pendant que les épouses, fuyant les « conversations d’hommes », s’emploient à mélanger le sacro-saint « taboulé » du dimanche. Les gosses s’égaillent de tous côtés et on entend leurs cris aigus lorsqu’ils s’écorchent sur les ronces, ramenant à leurs mères attendries des bouquets éphémères de coquelicots qui ne feront pas la route.
C’est bientôt l’heure du méchoui, depuis la préhistoire, une tâche exclusivement dévolue aux hommes. Ils s’activent virilement, dans la fumée âcre du charbon, et on se presse en se brûlant les doigts pour déguster le fruit de leur labeur, de délicieux morceaux de viande garnis de petits oignons et de poivrons. L’arak « du terroir » aidant, les chansons s’élèvent, de plus en plus paillardes, accueillies par les rires étouffés de jeunes demoiselles jouant aux effarouchées.

Dans la torpeur de cet après-midi d’août, les femmes se font plus dolentes, les conversations s’alanguissent et on sommeille tout doucement dans le chant des cigales, bercés par le gargouillis des narguilés.

C’est la Méditerranée, c’est le bonheur.
 
 
D.R.
 
2020-04 / NUMÉRO 166