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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Coin-coin


2013 - 04
C’étaient les années soixante-dix et les vacances de Pâques s’étendaient comme une promesse de printemps dans la morne plaine de l’année scolaire, comme un avant-goût des « vraies » grandes vacances. 

Cela commençait le jeudi saint par le marathon de la visite des sept églises et l’on se disait que ce devait être pour expier les sept péchés capitaux. Le vendredi saint, place à la tristesse dès l’aube avec la voix de Feyrouz en Mater Dolorosa, les larmes de maman à l’église au moment où le Christ était crucifié et les chants rituels entonnés avec ferveur par des femmes en deuil qui avaient toutes l’air d’être pauvres. Le samedi était généralement consacré au coloriage des œufs : la bonne, écolo avant l’heure, ne jurait que par les épluchures d’oignon et les betteraves pour un look naturel, mais nous, nous préférions de loin les pastilles colorées garanties purement chimiques. À chaque bol sa couleur : violet profond, vert criard, bleu cobalt et rouge sang-de-bœuf faisaient notre joie et éclaboussaient allègrement la cuisine transformée en champ de bataille.

On ne s’arrêtait qu’en entendant la voiture de papa de retour de sa retraite spirituelle à Taanayel. Sortant de « nos maisons », il ne ratait jamais ce rendez-vous annuel organisé par les pères jésuites, désireux de rappeler leurs anciens, Phéniciens affairés - et affairistes - pris dans la tourmente de la vie professionnelle, aux devoirs de la vie catholique. Ils faisaient si bien qu’on retrouvait un père solennel, empreint de gravité qui nous remplissait d’une crainte révérencielle telle que nous nous mettions à chuchoter. 

Apothéose le dimanche avec la glorieuse - et longue - messe byzantine de Pâques et les visites rituelles chez toutes les personnes âgées de la famille dont on revenait affreusement barbouillés, ayant ingurgité une quantité incroyable de chocolats, de « maamoul » et de ces dragées de pois chiches roses et blancs dont on gavait alors les enfants.
Aujourd’hui, on avoue qu’on bâcle quelque peu la décoration de Pâques depuis que nos chers petits sont partis pour des pays où Pâques se résume à quelques jours de vacances. On ne sait pas pourquoi, mais colorier des œufs nous semble moins drôle. Quant aux « personnes âgées de la famille », elles sont toutes parties et on n’a plus grand monde à fêter.

Et ce n’est pas l’affreux canard qui fait « coin-coin » en se dandinant sur votre messagerie pour vous souhaiter « Happy Easter » qui vous consolera des fêtes de Pâques de votre enfance.
 
 
 
2020-04 / NUMÉRO 166