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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Une rentrée littéraire sous le signe du réel

On ne connaîtra la réponse qu’en novembre prochain, mais déjà le microcosme littéraire parisien s’interroge : qui succédera à Michel Houellebecq, prix Goncourt 2010 ? Voici une sélection de 12 romans qui marqueront à coup sûr la rentrée littéraire 2011. Parmi eux, beaucoup ont en commun d’interroger le réel, de s’en inspirer et de le sublimer pour en tirer des récits profondément romanesques.



Par Lucie Geffroy
2011 - 08

Emmanuel Carrère
Limonov, POL

Le 7 octobre 2006, Anna Politkovskaïa est sauvagement abattue. Quelques jours plus tard, Emmanuel Carrère se rend à Moscou. Ce n’est pas sur la mort de la célèbre journaliste moscovite qu’il finira par enquêter, mais sur la vie extravagante d’une vieille connaissance qu’il croise là-bas : Édouard Limonov, un écrivain russe sulfureux. L’auteur d’un Roman russe (2007) et du très remarqué D’autres vies que la mienne (2009) dessine ici le portrait d’un aventurier des temps modernes qui fut « voyou en Ukraine, idole de l’underground soviétique sous Brejnev, clochard puis valet de chambre d’un milliardaire à Manhattan (…) et maintenant vieux chef charismatique d’un parti de jeune desperados ».

Charles Dantzig
Dans un avion pour Caracas, Grasset

Jusqu’à présent, l’auteur du célèbre Dictionnaire égoïste de la littérature française et de Pourquoi lire ? (2010) avait plutôt habitué ses lecteurs à de brillants essais sur la littérature. Du Dantzig romancier, on se souvient toutefois de Je m’appelle François (2007) inspiré de la vie de l’escroc Christophe Rocancourt. Dans un avion pour Caracas est son cinquième roman. Le narrateur se rend au Venezuela pour chercher son meilleur ami, porté disparu. Se déroulant intégralement à bord du Boeing en vol pour Caracas, le récit se compose de ses réflexions sur l’amitié, le sexe, Hugo Chavez, etc. Charles Dantzig a obtenu le grand prix Jean Giono 2010 pour l’ensemble de son œuvre. 

Marie Darrieussecq
Clèves, POL

Le titre du nouveau roman de Marie Darrieussecq n’a rien à voir avec la princesse de Madame de La Fayette. Quoique. On est dans les années 1980. Clèves est une petite ville de province où vit Solange, élève en primaire, au côté de son père pilote de ligne et de sa mère vendeuse de bibelots. Construit en trois parties respectivement intitulées « Les avoir », « Le faire », « Le refaire », le roman raconte l’éveil à la vie sexuelle de Solange. Bien que souvent en lice, l’auteur de Truisme (1996) et de Tom est mort (2007) n’a jamais obtenu ni le Goncourt ni le Femina. Peut-être cette année avec ce huitième roman sans tabous ?

David Foenkinos
Les souvenirs, Gallimard

En 2007, le jeune écrivain publiait Qui se souvient de David Foenkinos ? Récurrente dans son œuvre, la notion de souvenir est au cœur de ce neuvième roman de l’auteur de La Délicatesse (2009). À l’occasion de la mort de son grand-père, le narrateur repasse le film de son enfance et retrace par bribes l’existence de ses aïeuls. Méditation sur le rapport au temps, ce neuvième roman du poulain de la maison Gallimard, né en 1974, confirme le talent d’un romancier qui a su créer un univers singulier, léger et loufoque.  

Yasmina Khadra
L’équation africaine, Julliard

Médecin à Francfort, Kurt Krausmann mène une vie des plus banales jusqu’au jour où il retrouve sa femme gisant dans sa baignoire : elle s’est suicidée. Pour l’aider à surmonter ce drame, Hans, son meilleur ami, un riche homme d’affaires versé dans l’humanitaire, l’emmène sur son voilier jusqu’aux îles Comores. Au large des côtes somaliennes, Kurt et Hans sont enlevés par des pirates puis transférés dans un campement clandestin… À travers leur regard, Yasmina Khadra dresse le portrait d’une Afrique orientale aux multiples contradictions. Auteur d’une quinzaine de romans dont L’attentat, le romancier algérien vient d’obtenir le grand prix de l’Académie française 2011 pour l’ensemble de son œuvre. 

Fouad Laroui
La vieille dame du riad, Julliard

La « vieille dame » du riad, c’est celle que François et Cécile ont découverte avec stupeur dans une petite pièce au fond de la maison de Marrakech qu’ils venaient juste d’acquérir, après avoir tout plaqué à Paris. Que fait-elle là ? Mystère. Que vont-ils faire d’elle ? C’est toute la question. Économiste, romancier, poète et critique littéraire, Fouad Laroui nous propose une fable tragi-comique sur les différences culturelles. Écrivain marocain de langue française, il est aussi l’auteur d’un recueil de nouvelles Tu n’as rien compris à Hassan II, dont le titre résume parfaitement le regard qu’il porte sur l’humanité : drôle et tendre. 

Véronique Ovaldé
Des vies d’oiseaux, L’Olivier

Les romans de Véronique Ovaldé, née en 1972, connaissent un succès grandissant. Deux ans après Ce que je sais de Vera Candida (2009) plusieurs fois récompensé, la jeune romancière revient avec un récit qui commence comme un roman policier pour finir en galerie de personnages attachants. Venu enquêter chez madame Izarra pour un soi-disant cambriolage, le lieutenant Taïbo découvre que la fille de celle-ci a fui mystérieusement l’année précédente. Il décide de l’aider à la retrouver. Par la grâce de l’amour, chacun des protagonistes de ce huitième roman de Véronique Ovaldé sera amené à se défaire de ses liens, familiaux, conjugaux ou sociaux, pour éprouver sa liberté d’exister.

Éric Reinhardt
Le système Victoria, Stock

Né en 1965, Éric Reinhardt peut être considéré comme un jeune auteur. Il y a quatre ans, son Cendrillon avait marqué la rentrée littéraire 2007 (prix Renaudot). Conte social, il évoquait les dérives obscènes de la société moderne. Le système Victoria, son cinquième roman, s’inscrit dans la même veine. Il raconte le destin de David Kolski dont l’existence a été bouleversée par sa rencontre avec Victoria. Si ce jour-là, il ne lui avait pas adressé la parole, « aujourd’hui, elle serait encore vivante, David ne vivrait pas retiré dans un hôtel de la Creuse, séparé de sa femme et de ses filles. (…). Seulement, le visage de Victoria s’est tourné vers le sien et David a aussitôt basculé dans sa vie ».

Boualem Sansal
Rue Darwin, Gallimard

« Le temps de déterrer les morts et de les regarder en face » est venu. C’est pour cela que Yazid a décidé de retourner rue Darwin, « cette pauvre venelle où s’était déroulée son enfance », dans le quartier Belcourt à Alger. Né d’une mère prostituée, Yazid a été élevée par sa grand-mère, une maquerelle toute-puissante qui a bâti sa fortune sur le bordel jouxtant la maison. En filigrane de l’histoire familiale, le récit évoque la grande histoire tourmentée de l’Algérie. Le romancier algérien a obtenu le grand prix de la Francophonie 2008 pour son dernier roman, Le village de l’Allemand.

Morgan Sportès
Tout, tout de suite, Fayard

En préambule, l’auteur a pris soin de préciser que son livre, quoiqu’inspiré d’un fait divers, appartenait bien au genre du roman. En janvier 2006, dans la région parisienne, un jeune homme de confession juive, Ilan Halimi, est kidnappé, séquestré, torturé puis assassiné dans des conditions atroces. En France, l’affaire dite « du gang des barbares » avait suscité une vive émotion. En reconstituant point par point la machine de l’horreur, l’auteur livre un grand roman sur l’effroyable banalité du mal. Né à Alger en 1947, Morgan Sportès est l’auteur de plus d’une quinzaine de livres traduits dans de nombreuses langues.


Lyonel Trouillot
La belle amour humaine, Actes Sud

La belle amour humaine est l’histoire d’une quête. Celle d’Anaïse, une jeune Occidentale qui se rend à Haïti sur les traces de son père. Au fil des récits qu’elle recueille, elle tente de recomposer le puzzle familial et, ce faisant, appréhende la nécessité absolue d’une valeur tombée en désuétude : la fraternité. Le roman interroge le hasard des destinées qui vous font naître blanc ou noir, riche ou pauvre. Journaliste, intellectuel engagé, romancier et poète, Lyonel Trouillot, né en 1956 à Port-au-Prince, est un acteur incontournable de la scène francophone mondiale.


Lydie Salvayre
Hymne, Seuil

Le 18 août 1969, à 9 heures, devant la foule de Woodstock, Jimi Hendrix interprète une version bouleversante de l’hymne américain. À partir de ce concert historique, Lydie Salvayre revisite la légende dorée du guitariste de génie et nous éclaire sur la force de la musique et de la révolte. Incompris par son époque, rongé par l’inanité du show-biz, le chanteur noir a fini dans la drogue et l’autodestruction. Née en 1948, Lydie Salvayre est l’auteure d’une quinzaine de romans dont La puissance des mouches (1995), La compagnie des spectres (1997) et Portrait de l’écrivain en animal domestique (2007).

 
 
© Hélène Bamberger / P.O.L
 
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