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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Enquête
« Bouquins  » : une collection incontournable
La fameuse collection « Bouquins » vient d’ajouter le nom de Khalil Gibran à son prestigieux catalogue et confirme, année après année, son exigence de qualité et d’innovation. Enquête sur cette belle aventure  dans les bureaux des éditions Robert Laffont.

Par Lucie GEFFROY
2006 - 12
La collection Bouquins, c’est un peu la version populaire de La Pléiade. Créée en 1979 par les éditions Robert Laffont, elle propose notamment des œuvres complètes d’auteurs accompagnées d’un appareil critique de haut vol, le tout à des prix plutôt modestes. La plupart des étudiants ont, un jour ou l’autre, consulté un Bouquin qui, avec sa large tranche ornée d’un petit ovale rouge, sa couverture souple et son papier fin et léger, est facilement reconnaissable. Souvent imitée, rarement égalée, la collection explore aujourd’hui tous les champs du savoir et de la littérature avec une constante exigence de qualité. En moins de trois décennies, elle est devenue la bibliothèque idéale de l’honnête homme de notre temps.

À l’origine, l’ambition de son fondateur Guy Schoeller était d’offrir aux lecteurs français la possibilité de relire des œuvres fondamentales qui n’étaient plus disponibles – comme Le Rameau d’or de James Georges Frazer ou Histoire de la décadence et de la chute de l’Empire romain d’Edward Gibbon – mais également de (re)découvrir des classiques : Lewis Carrol, Alexandre Dumas, John Le Carré, Graham Greene, etc. et de renouer avec la grande tradition littéraire populaire : Léo Malet, Ian Fleming, Eugène Sue, etc. Par la suite, la collection s’est enrichie de toutes sortes d’ouvrages : portraits de ville, récits de voyages, grands classiques de l’art de vivre, textes sacrés...

D’Homère à De Gaulle

Aujourd’hui, le catalogue de la collection rassemble plus de 500 titres. On y trouve aussi bien Homère, Machiavel, Marcel Proust, Shakespeare que Georges Sand, le théâtre de Grand Guignol, un guide des vins, la légende arthurienne, une anthologie de textes sur l’Italie, ou encore le Coran. Sans oublier les nombreux dictionnaires : dictionnaire du cinéma, livrets d’opéra, dictionnaire encyclopédique de la musique et le fameux Dictionnaire des symboles de Jean Chevalier et Alain Gheerbrant.  Publié à plus de 500 000 exemplaires, la meilleure vente de la collection, ce dernier a incontestablement contribué à asseoir la réputation de Bouquins auprès du grand public.

En 2002, à la suite du décès de Guy Schoeller, c’est l’écrivain Daniel Rondeau qui a pris la direction de Bouquins. Désireux de perpétuer la tradition de la collection, il a notamment fait publier les œuvres complètes de Primo Levi ainsi qu’un volume sur Grossmann. C’est à lui que nous devons aussi l’excellente publication, en octobre dernier, des œuvres complètes de Khalil Gibran. « Immense auteur, incarnation des passerelles entre l’Orient et l’Occident, Gibran manquait cruellement à notre collection », explique-t-il en avouant que son attachement particulier pour le Liban a hâté la décision. Daniel Rondeau continue par ailleurs à développer l’axe historique de Bouquins. Après la publication en 2006 d’un Dictionnaire de la Résistance, sortiront en 2007 un volume consacré à François Furet, éminent historien de la Révolution française, et un autre sur Jean Mabillon, moine et historien français du XVIIe siècle. L’édition toute récente d’un Dictionnaire De Gaulle (qui comporte, au nombre de ses entrées, « Beyrouth » et « Liban » !) illustre bien cette volonté. « Pour la dimension littéraire du personnage, nous avons convoqué un spécialiste du De Gaulle écrivain. Pour l’homme politique, nous avons fait appel à trois grands historiens qui ont travaillé avec plus de 300 collaborateurs pendant quatre ans. Comme pour chaque ouvrage, c’est une véritable entreprise éditoriale que nous mettons sur pied », souligne Daniel Rondeau. Au final, l’ouvrage se présente comme une somme érudite sur l’un des personnages majeurs du XXe siècle tout en s’autorisant quelques entrées fantaisistes telles que « Beatles » ou « Cigare ». « Nous nous devons de surprendre nos lecteurs », explique Rondeau qui a également l’ambition de moderniser le volet « voyages » de la collection. « Le système des anthologies de textes sur une ville ou un pays ne me satisfait plus. Je souhaite produire davantage de livres inédits sur de grandes capitales en regroupant histoire, anthologie, balades et dictionnaire dans un même ouvrage. » Un premier Bouquin de ce type, consacré à New York, sortira bientôt. Et pourquoi pas Beyrouth ? Daniel Rondeau, en tout cas, en rêve secrètement.


 
 
© Robert Laffont
 
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