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2019-10 / NUMÉRO 160   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Avoir quinze ans dans les sixties...


Par Zéna ZALZAL
2006 - 09


Un nouveau Daniel Picouly est toujours un bonheur ! Le dernier en date, Un beau jeudi pour tuer Kennedy, ne déroge pas à la règle. Contrairement à ce que le titre peut laisser croire, il n’est pas question ici d’un récit autour de l’assassinat le plus célèbre de l’histoire contemporaine, mais d’une autobiographie partielle et romancée de l’auteur. En fait d’autobiographie, il s’agit plutôt de souvenirs d’adolescence du jeune Picouly, fils de prolo, qui, au début des années soixante, vit avec insouciance ses premiers émois amoureux, entre rêveries, devoirs à terminer et virées entre copains, dans une cité de la banlieue parisienne.

Tout se passe dans ce dernier roman en une seule journée : le jeudi 4 juin 1964, dans la cité d’Orly. Le jeune narrateur a 15 ans et il va vivre, en quelques heures, mille et une péripéties, dont la plupart semblent issues de son imagination fertile. Écartelé entre la préparation d’un examen décisif pour son passage en classe de seconde, les exigences de Saint-Mexan, un copain loubard, posté sur le toit, une carabine à la main, et qui guette l’apparition de la décapotable de Kennedy au coin de la rue pour tirer, les demandes de son adorable m’am, à la vigilance de laquelle il tente de se soustraire pour rejoindre sa bande de potes, et Marie-France, sa p’tite copine, à qui il avait promis un pique-nique, l’adolescent ne sait plus où donner de la tête. C’en est trop pour un seul jour. Mais cela donne à Daniel Picouly matière à broder sur cette fameuse période des « sixties ». Décor d’HLM : Skaï rouge au salon et vide-ordure à la cuisine ; musique des Beatles et visite d’Eddy Barclay, Françoise Hardy et Jean-Marie Périer en dénicheurs de talents ; jolies filles en robes vichy et toute une ambiance de bon voisinage, de petites bagarres sans conséquences, de rêves de voyages, d’automobiles, de Cadillac... À coups de réminiscences personnelles, de références et de détails tirés du quotidien de cette époque-là, l’auteur brosse avec tendresse et humour un univers bien éloigné de la violence des cités d’aujourd’hui.  

Dans la lignée de ses précédents romans, en particulier la trilogie familiale que constituent Le champ de personne, Fort de l’eau et Le cœur à la craie, Picouly continue à puiser son imaginaire « dans la boite à jouets », dans l’univers de l’enfance et de l’adolescence, pour raconter des histoires pleines de fraîcheur. Des histoires sans véritable trame, narrées avec cette gouaille particulière et ce style « parlé » qui font tout le charme de cette plume savoureuse et vivante. Une lecture délassante, au doux parfum de madeleine, qui plaira sans doute plus particulièrement aux ex-ados des années soixante. Même libanais !  

 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Un beau jeudi pour tuer Kennedy de Daniel Picouly, Grasset, 353p.
 
2019-10 / NUMÉRO 160