FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2019-10 / NUMÉRO 160   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Roman
L’impérieux besoin d’aimer


Par Edgar Davidian
2006 - 09


Lauréat du prix Nobel de littérature en 2003, nanti d’un prix Fémina étranger en 1985, détenteur de plusieurs reconnaissances littéraires internationales, J. M. Coetzee n’est plus à présenter. Une œuvre retentissante sur l’apartheid, vibrant témoignage et satire cruelle, reconnue et célébrée aussi bien par le public que par la critique, lui a frayé un chemin aux côtés des écrivains nobélisés tels qu’Imere Kertesz, Dario Fo et V. S. Naipaul. Des romans de fiction certes, mais où, cependant, les notions biographiques et confidentielles ne sont pas totalement exclues. Deux de ses ouvrages, Michael K, sa vie, son temps et Disgrâce ont été couronnés par le prestigieux Booker Prize et les fins lettrés n’ont pas hésité à parler de chef-d’œuvre...

Né au Cap en 1940, J. M. Coetzee a fréquenté bien vite l’école de l’écriture en passant par la traduction et la critique. Avec plus d’une dizaine d’opus substantiels, cet auteur à l’écoute de l’Afrique du Sud, de ses tourmentes et de ses sortilèges, se penche aujourd’hui sur la vieillesse qui finit toujours, un jour ou l’autre, par rattraper tout être vivant.
L’ouvrage, intitulé « l’homme ralenti » (Slow man) est un drame sur la vieillesse. La vieillesse, oui, mais aussi, comme un coup de foudre, imprévisible et impérieux, l’ardent besoin d‘aimer. Une histoire simple, narrée avec sensibilité et émotion, sans perdre toutefois le sens de l’analyse fouillée, juste et pertinente. En trente chapitres équilibrés se déroule le récit, avec des dialogues parfois sagement prosaïques, presque tous courts, prestement enlevés. Avec des moments creux cependant vite sauvés par la voix et les interventions de l’auteur.

J. M. Coetzee fait vivre à son personnage, Paul Rayment, les affres des premiers signes humiliants du grand âge, les égarements de l’esprit et la faiblesse de la chair devant l’illumination de l’amour... Tout commence par une balade à bicyclette. Paul Rayment est renversé. Il se réveille sans sa bicyclette et sans sa jambe ! Douloureuse amputation pour un vieillard, célibataire tranquille qui croyait que le parcours humain est fait de routine et d’habitudes. Confrontation avec l’adversité et une cruelle réalité pour un sexagénaire transplanté de l’Europe en Australie. Vivre avec des béquilles ou une prothèse est également dur, handicapant et encombrant. C’est alors qu’intervient Marijana Jokic, immigrée croate, pour gérer une vie brisée par un accident, Et avec elle apparaît aussi l’amour pour un retraité solitaire et sans famille. Mais tout se complique, d’autant plus que Marijana est une femme mariée, une irréprochable mère de famille... Surgit alors l’énigmatique Elizabeth Costello, une sorte d’alter ego féminin de l’auteur, voix de la conscience et de la morale – d’ailleurs déjà héroïne d’un précédent roman – et qui mettra graduellement de l’ordre dans ce chaos naissant à cause d’une passion dévorante... Et l’amour-passion se transformera graduellement en don généreux d’une personne qui n’a jamais su partager...
Sublimation du désir et apprentissage de vivre avec soi, différemment, tout en découvrant la culture, la langue et les problèmes des autres, c’est ainsi que se résume cette narration hantée par le désespoir secret de la solitude. Quelques traits d’humour, quelques velléités pour arracher des lambeaux de bonheur, et le talent de conteur d’un écrivain qui connaît la valeur et le poids des mots, voilà « les raboteux chemins de l’amour ».

 
 
© Seuil
 
BIBLIOGRAPHIE
L’homme ralenti de J. M. Coetzee, Seuil, 270 p..
 
2019-10 / NUMÉRO 160