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2019-10 / NUMÉRO 160   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Roman
L’épopée d’une nonne guerrière


Par Zéna ZALZAL
2006 - 09


Né à Cuba dans les années trente, exilé en France depuis 1970, Eduardo Manet est sans doute le plus francophone des écrivains cubains. Cet ancien compagnon de route de Raul Castro et du Che, revenu depuis deses grandes illusions révolutionnaires, a choisi la langue française comme langue de liberté. Donc d’écriture. Il continue néanmoins à puiser son inspiration essentiellement dans la culture hispanique. Après L’île du lézard vert, pour lequel il avait obtenu le prix Goncourt des lycéens en 1992, Rhapsodie cubaine qui lui avait valu le prix Interallié quelques années plus tard, ou encore D’Amour et d’exil, récompensé en 1999 par le prix du Roman d’évasion, La Conquistadora, paru il y a quelques mois chez Robert Laffont, reste fidèle à cet imaginaire venu d’ailleurs.

Dans ce dernier roman, Eduardo Manet s’inspire d’une figure légendaire du XVIIe siècle : Catalina de Eurauso, une nonne basque devenue célèbre pour ses faits d’armes et ses aventures épiques sur les terres du puissant empire de la Conquista. Ayant fui le couvent auquel la destinait sa condition de fille cadette d’une famille noble et désargentée, elle se déguise en homme et s’embarque à destination du Nouveau Monde. Elle y mènera une existence intrépide et errante de soldat, mercenaire et fin duelliste. Cette femme hors du commun sera même récompensée par le roi d’Espagne, Felipe IV, pour ses exploits contre les Indiens rebelles. Et elle suscitera, trois siècles plus tard, l’admiration de Che Guevara !

S’appuyant sur l’existence tumultueuse de ce personnage historique, Eduardo Manet en tire la substance d’un roman captivant. Un récit d’aventures et de vengeance, qui emporte le lecteur à travers l’Espagne, le Panama, le Pérou, le Chili le Mexique, mais encore les Caraïbes du XVIIe siècle, à la poursuite de l’énigmatique Catalina de Eurauso. Celle-ci aurait tué son propre frère au cours d’un duel. Parti à sa recherche, pour venger la mort de son père, son neveu, Miguel de Eurauso, qui lui voue une haine inextinguible, ne peut cependant s’empêcher de ressentir, au fur et à mesure qu’il avance sur ses traces, une certaine fascination pour cet être d’exception. Mais si l’esprit de rébellion est le moteur de l’éternelle fugitive, le sens du devoir et de l’honneur reste primordial chez son poursuivant...

Tissant – à l’aide d’une belle écriture classique – leurs destins croisés, Eduardo Manet réussit là un subtil et envoûtant métissage entre biographie romancée, narration historique, roman d’aventures et récit initiatique. Cela donne à La Conquistadora une séduction baroque assez prenante.


 
 
© Robert Laffont
 
BIBLIOGRAPHIE
La Conquistadora de Eduardo Manet, Robert Laffont, 293 p.
 
2019-10 / NUMÉRO 160