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Marilyn, l’immortelle icône


Par Laurent BORDERIE
2006 - 11


Que serait devenue Marilyn si elle n’avait disparu, dans d’étranges conditions, la nuit du 4 août 1962 ? Une octogénaire ravagée par la vie, perdue dans un asile, oubliée des foules pour avoir « commis » de mauvais films qui auraient effacé la flamboyance de ses débuts ? Les icônes ne doivent pas faire de vieux os : les exemples de Brigitte Bardot et d’Elizabeth Taylor le prouvent assez. Mais que pouvait-on encore écrire sur l’actrice emblématique du siècle dernier ? Loin d’être une idiote, Marilyn était une femme talentueuse qui sombrait dans les névroses, la lourde dépression, le mutisme. Derrière son insouciance se cachait toute la douleur d’un être dont l’enfance a été ébranlée par la schizophrénie d’une mère absente. Aucun de ses amants (la liste est trop longue !), aucun de ses trois maris n’a su lui apporter chaleur et réconfort. Et si elle arrivait en retard sur les plateaux et mettait en péril les tournages, n’était-ce pas, tout simplement, pour attirer l’attention? Sur son dernier film inachevé, Quelque chose doit craquer  de Cukor, elle est finalement renvoyée. Cette « punition » lui sera aussi fatale que les narcotiques qu’elle s’infligeait....

C’est cette femme que Michel Schneider, lui-même thérapeute, a voulu psychanalyser et découvrir. À partir de notes, témoignages, enregistrements, rushs, il extrapole, invente et réécrit pour mieux percer la personnalité de celle qu’il a choisie comme sujet. En revenant sur les trois dernières années de la vie de l’actrice et sur ses relations avec Ralph Greenson, son  psychanalyste, un acteur raté qui se comportait aussi en gourou, Schneider invente une nouvelle forme de narration et brosse le portrait de Marilyn par petites touches. Les relations de l’actrice avec Greenson, mêlées de répulsion et d’attirance, semblent salvatrices, mais l’étouffent autant que celles qu’elle a entretenues avec tous ceux qui l’ont côtoyée, les familles Strasberg et Kennedy en tête. Personne ne pourra jamais dire qui a tué Marilyn. Greenson était là, le matin où elle fut retrouvée et évacuée. De même que la gouvernante Eunice Murray que le psychanalyste avait placée chez elle. Dans un carnet qu’elle tenait secret, Marilyn avait noté une phrase de Freud tirée de Malaise de la civilisation : « Jamais nous se sommes davantage privés de protection contre la souffrance que lorsque nous aimons, jamais nous ne sommes davantage dans le malheur que lorsque nous avons perdu l’objet aimé ou son amour. » Elle avait ajouté en marge : « Aimer, c’est donner à quelqu’un le pouvoir de vous tuer. » Le livre de Michel Schneider semble apporter une réponse à la détresse de Marilyn. L’icône ne supportait pas sa propre solitude et les marécages de Hollywood. Elle en est morte.

 
 
 
BIBLIOGRAPHIE
Marilyn dernières séances de Michel Schneider, Grasset, 531p.
 
2019-12 / NUMÉRO 162