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2020-04 / NUMÉRO 166   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Majorité trop silencieuse


Par Jabbour DOUAIHY
2013 - 07
Stéphanie Baz Hatem se veut médiatrice entre nous et ces femmes libanaises (ou impliquées dans le Lebanese way of life) dont les prénoms se succèdent avec une monotonie qui ne présage en rien de la diversité de ces filets de voix familières parfois, parfois inattendues, douloureuses encore ou franchement pathétiques. Le premier cri, celui de Lilia, sonne comme un coup de gong, « J’adore mon pays et je le hais en même temps », donnant le ton de ces femmes au Liban qui « sont le fruit d’un subtil mélange et d’un paradoxe permanent entre liberté et emprisonnement ». De page en page, les petits destins se bousculent, Rim que la guerre civile a menée dans l’enfer de la drogue et de la prison, Chantale et son fils de 35 ans qu’elle veut garder pour elle toute seule, Nour l’humanitaire engagée, Sophie à la double nationalité et la double identité, Alia en admiration pâmée devant Hassan Nasrallah, version soft de Sophia Loren dans Une journee particulière, suivie par Madonna la fausse blonde qui prétend mensongèrement avoir des origines européennes, Maya que Beyrouth a mille fois tuée et mille fois ressuscitée, Clara l’Éthiopienne, domestique de maison mariée à un Égyptien qui engrosse une danseuse de cabaret syrienne, résumant à elle seule le sort réservé à la petite immigration sous nos cieux peu cléments, puis interviennent la célibataire endurcie et convaincue, celle qui rêve d’évasion après quinze ans de mariage et trois enfants, la chanteuse et actrice lesbienne, l’anorexique sexuelle qui a pourtant fait trois beaux enfants, la religieuse qui ne croit pas au Dieu de la vengeance, Sarah la juive expatriée qui rêve de son Deir el-Qamar natal et Haïfa la réfugiée syrienne qui ne désire que s’en sortir… Une quarantaine de témoignages qui tantôt nous mettent devant notre impuissance à rendre justice, et tantôt nous réconcilient avec le courage féminin dans toutes ses déclinaisons. Pourtant, il manquait une voix, même si on retrouve certains de ses traits dans le portrait de Nour, même si elle est citée dans le préambule de l’auteure comme son « premier et plus bel exemple de femme forte », celle de Noha Baz, grande dame de cœur et de goût, propre mère de Stéphanie et qui résume à elle seule une des plus belles idées du Liban !


 
 
© Zeina Abirached
 
BIBLIOGRAPHIE
Perles du Liban de Stephanie Baz Hatem, éditions Les deux Encres, 2013, 96 p.
 
2020-04 / NUMÉRO 166