FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2019-12 / NUMÉRO 162   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Jeunesse
Un univers arrivé à l'âge adulte
Le monde de l’édition jeunesse est parvenu à s’affranchir des poncifs et autres stéréotypes qui incitent encore trop d’adultes à négliger une production jugée d’un didactisme lourd, voire d’un infantilisme accablant. Tour d'horizon.

Par Philippe-Jean CATINCHI (avec Alexandre NAJJAR)
2008 - 11
Si le visuel a connu,  de Tomi Ungerer à Olivier Douzou, Chiara Carrer ou Hélène Riff, de Claude Ponti à Hervé Tullet ou Anne Herbauts, un bain de jouvence dont l’efficacité a largement débordé le monde spécifique de l’enfance, la palette est aujourd’hui si large qu’on n’hésite plus à pratiquer le grand écart. Grand écart dans la facture de l’image comme dans le jeu sur les codes de genres voisins, bande dessinée ou story board cinématographique.

Révélé par l’album qu’il consacra aux tribus kanakes dont il a partagé un temps la vie rustique (Lifou îles Loyauté 98820 Nouvelle-Calédonie, texte de Didier Lévy éd. Sarbacane, 2004), Florent Silloray s’est essayé à d’autres styles illustratifs (dont le facétieux Tout froissé, Sarbacane, 2005, texte de Jérôme Noirez), mais revient avec Yancuic le valeureux (texte de Fabrice Nicolino, Sarbacane, 64 p, dès 8 ans) à sa première manière, très picturale, pour rendre cette fable initiatique aux échos sobrement écologiques. À suivre l’enfant Yancuic dans sa quête du statut d’adulte, puis, plus prosaïque, dans celle de son singe Sarilou, on se prend à comparer son sens très cinématographique de la scène à celui de François Roca, d’autant que l’intrusion du prédateur occidental dans une Amazonie édénique n’est pas sans rappeler un certain Cheval vêtu (texte de Fred Bernard, Albin Michel, 2005)…

Maître coloriste, Marc Daniau a souvent « habillé » des textes et des contes que sa palette, éclatante et généreuse, alimentait d’une vigueur neuve (Contes d’Afrique ou d’Europe avec Henri Gougaud, Seuil, 2000 et 2002, Contes de Lituanie avec O.-V. de Milosz, Seuil, 2005). Il fallait ce talent rare pour éclairer la terrible histoire de Sadako, née pour courir toujours plus vite et stoppée en plein élan par la leucémie, cette « maladie de la bombe » qui tue près de dix ans après Hiroshima ceux qui se croyaient épargnés. Cette histoire vraie, que conte Eleanor Coerr (Les Mille oiseaux de Sadako, traduit de l’anglais – États-Unis – par Frédérique Fraisse, Milan poche, 80 p, dès 9 ans), y gagne une douceur et une délicatesse qui n’affadissent jamais le propos mais savent traduire l’empathie du lecteur pour la malheureuse athlète. Du grand art. Son dernier livre, réalisé avec Guillaume Géraud, s’intitule Raspoutine  (éd. du Rouergue). Rien à voir avec le fameux gourou russe. Il s’agit là du surnom d’un homme étrange qui s’installe devant la boulangerie, sans état civil, sans maison, sans famille…

Les derniers opus d’Alex Cousseau, Mon corps est un œil et Les Yeux qui chantent (Le Rouergue, « doAdo », 128 p et 64 p),  traitent tous deux de la disparition, du deuil et de la magie du verbe et des rêves, seuls capables, sinon d’enchanter le monde, de le rendre au moins supportable. Au premier des textes, tout en tension, répond la densité moins grave du second, avers d’une même pièce qui paie l’obole du passage de la vie à la mort. Pour achever de reprendre goût à l’existence, recommandons encore l’excellent texte qu’Alex Cousseau signe chez Sarbacane et qu’illustre avec malice Nathalie Choux, Un rhinocéros amoureux pèse-t-il plus lourd qu’un rhinocéros tout court ? (40 p, dès 3 ans).
Connue pour ses décors pour des spectacles de marionnettes, Claire Franek  a signé de nombreux albums pour enfants, dont Fred a peur de la rentrée (Hachette jeunesse), Le facteur n’est pas passé (T.Magnier), Le papa d’Héloïse est au chômage (avec Fanny Joly chez Hachette jeunesse), Gros dodo (avec Hélène Vignal, éd. du Rouergue) dont certains à but pédagogique, rassurent les petits en leur donnant des réponses aux questions qu’ils se posent.

De son côté, Yves-Marie Clément a tiré de son séjour pendant dix ans en Guyane française, à l’orée de la forêt amazonienne, un grand nombre de romans. Actuellement enseignant dans un lycée en Ardèche, il a à son actif une multitude de contes, romans et nouvelles pour la jeunesse, dont Un vampire à l’école (Rageot), Le Talisman maudit (Nathan jeunesse), Bagnard à seize ans (Rageot), Sous le signe du dauphin (Nathan poche), Un ourson sur la banquise (Rageot) et Ma revanche sur tatamis (Grasset jeunesse). Dépaysement garanti !

Adaptée à tous les goûts, la littérature jeunesse est devenue si riche et si variée qu’il n’y a plus d’excuses pour ceux qui n’aiment pas lire !

 
 
Adaptée à tous les goûts, la littérature jeunesse est devenue si riche et si variée qu’il n’y a plus d’excuses pour ceux qui n’aiment pas lire !
 
2019-12 / NUMÉRO 162