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2020-02 / NUMÉRO 164   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le livre de chevet de...
Lara Kanso
2016-04-07
Mon livre de chevet ?
Les Nouvelles orientales de Marguerite Yourcenar. 
Sans hésitation aucune.
Mais il n’est pas qu’un livre de chevet. Il existe au-delà, comme un monument de ma vie, comme une présence incontournable, et une grande source d’inspiration. 
C’est vrai que j’ai toujours eu un faible pour les récits courts, qui vont à l’essentiel, dans une grande intensité, et qui nous laissent toujours perplexes, regrettant ou savourant une lecture trop rapide. Je pense, évidemment, à Maupassant, à Gogol, à Edgar Allen Poe, à Duras, aux Petits poèmes en prose de Baudelaire.
Quel délice !
Mais Les Nouvelles orientales c’est encore plus que ça. 
Côtoyer les créatures de Yourcenar, c’est accepter éperdument le mal humain, c’est aimer et chérir des personnages presque monstrueux, les accompagner dans les labyrinthes de leur être. Rien dans ces Nouvelles n’est prévisible ou familier. Aucun cliché, aucune image habituelle. Une grande liberté dans l’acceptation de la nature humaine, ses désirs, ses passions, ses délires, ses faiblesses, sa violence et ses forces.
À commencer par ce vieux peintre Wang-Fô, qui a ruiné la vie de son disciple, et qu’on vénère comme un dieu ; en passant par la veuve Aphrodissia, femme adultère, dont l’amant a tué le mari, et qu’on trouve admirable dans ses péchés ; ou encore par Kâli, la déesse décapitée, femme mi-ange mi-démon, qui nous fascine et nous émeut. Je ne me lasse pas de lire et de relire les mêmes phrases et les mêmes histoires, tellement ce que je lis est surprenant. Et puis ce plaisir intense de lire des phrases si magnifiquement construites, avec des mots irremplaçables et des tournures irremplaçables, un peu à la Flaubert. 
C’est d’une perfection inhumaine. Une écriture classique dans un contenu inlassablement « moderne ».
Je la trouve terrible la Yourcenar, terrible parce qu’elle connaît si bien l’âme humaine, les misères et les grandeurs des hommes, les vicissitudes de nos vies. Mais si ces Nouvelles m’habitent tant, c’est aussi parce qu’elles sont inscrites dans des sensations très fortes, comme de petits chefs-d’œuvre capables de s’abandonner à plein d’expériences artistiques et d’en inspirer.

Jardin d’amour de Lara Kanso se joue au théâtre Monnot du 7 au 17 avril (du jeudi au dimanche), avec Rosy Yazigi, Sarah Wardé et Roger Assaf.
 
 
© D.R.
 
2020-02 / NUMÉRO 164