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La culture… agri-culture


Par Antoine Messarra
2019 - 10
u’est-ce que la culture aujourd’hui dans la mondialisation, la médiatisation à outrance, le mercantilisme qui touche presque toutes les activités humaines ? Les dérives sont nombreuses, conscientes, ou inconscientes quand on est tout entraîné dans le tourbillon d’une modernité de façade. 

1. La culture business : On le constate dans une manifestation artistique où des peintres exposent leurs productions, peut-être fort appréciables, mais le tout se déroule dans une atmosphère de foire et de musique tapageuse et vulgaire, sans rapport avec la nature de l’événement. Il s’agit pour chacun d’attraper au hameçon une clientèle. 
On le constate aussi quand on fait appel à un promoteur d’art pour une exposition. Il s’attend à une expertise payante, sans même regarder au départ si les tableaux le captivent ou méritent l’attention. 
Vous le constatez aussi quand vous consultez un centre prestigieux pour proposer un projet ou une idée que vous croyez novatrice, emportant avec vous une documentation abondante pour persuader et convaincre, mais vous êtes accueilli par des bureaucrates ou des intellos vigilants, mais désengagés, qui ne pensent qu’en termes de budget, de gain, et d’administration. 

2. La culture « event » : Cela est répandu dans l’académisme en vogue et la prolifération d’ONG. On organise certes des conférences fort pertinentes, mais on organise aussi des manifestations rien que pour la promotion, la propagande, pour exécuter des projets financés par des organisations internationales, pour dire qu’on est là, qu’on existe, se faire valoir, sans souci de l’utilité, de l’innovation, de l’impact.

3. La culture divertissement : Cela se répand dans de grandes manifestations internationales groupant des centaines de gens, avec des intentions fort louables et la participation d’universitaires et d’intellectuels, mais qui parlent pour la galerie. On débite un savoir brillant, diarrhée de connaissance, mais sans engagement, un discours agréable pour des gens bien nantis, mais avec une indifférence totale par rapport à la mise en pratique et à l’impact sur la vie, la nouvelle génération, les réalités.
La culture divertissement se propage par des enseignants et des mères de famille qui disent aux enfants, quand vous proposez à ces enfants un livre de lecture : Il a des études, il n’a pas le temps ! Les études sont ainsi réduites à la mémorisation et au vomissement de leçons apprises, alors que la culture et la lecture sont assimilées à une perte de temps, à une distraction pour des moments d’oisiveté et de lassitude. Une telle mentalité s’étend jusqu’à l’université. 

4. La culture vernis : Cela se répand parmi des politicards, démagogues inefficaces et en perte de légitimité qui fondent une association pour la promotion de leur pensée, ou cherchent à s’introduire dans le dialogue interculturel, la francophonie, le développement régional… Le but ? Faire reluire, avec un vernis d’intellos, la noirceur de leur parcours. 

5. La culture des « précieux » et rhétoriqueurs : La préciosité à la manière de Molière dans Les Femmes savantes, et les rhétoriqueurs dénoncés autrefois par les rivaux de Marot, renaissent de nos jours, favorisés par tout le savoir verbeux et vide. Vous écoutez ainsi des discours d’intellectuels renommés, discours brillants et pour la galerie, et vous êtes subjugués par l’élégance verbale. Si, à la sortie, vous vous demandez ce qui en reste comme idée féconde : rien ! Henri Bergson écrit dans La Pensée et le mouvant : « Homo faber, homo sapiens, devant l’un et l’autre qui tendent d’ailleurs à se confondre ensemble, nous nous inclinons. Le seul qui nous soit antipathique est l’homo loquax, dont la pensée, quand il pense, n’est qu’une réflexion sur sa parole. »

Qu’est-ce que la culture ? Je ne vais pas déverser des définitions connues et souvent mal mises en pratique, à l’école, à l’université, la profession, et toute la vie. La culture, tout comme en agri-culture, s’enracine, se plante, produit des fruits qui se mangent et se digèrent. Elle s’acquiert en famille, et surtout à l’école et à l’université, et toute la vie. En ce sens, un illettré expérimenté est peut-être plus cultivé qu’un érudit parleur et livresque.

Il y a aujourd’hui de la culture mondialisée, de la greffe, mais sans… culture, au sens agronomique de semence et de récolte.
 
 
D.R.
« Un illettré expérimenté est peut-être plus cultivé qu’un érudit parleur et livresque. »
 
2019-10 / NUMÉRO 160