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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Biographie
May Ziadé, la fée de la littérature arabe


Par Georgia Makhlouf
2017 - 11
Sur la première page de son livre consacré à May Ziadé, Darina al-Joundi a écrit : « À May. Merci. » L’adresse est émouvante et l’auteur s’en explique plus loin : elle estime que May Ziadé lui a sauvé la vie, que lorsqu’elle a été elle-même confrontée à l’épreuve terrible de l’enfermement, consécutif à la mort de son père, la pensée des combats de May Ziadé lui a redonné de la force et qu’elle dialoguait avec elle par-delà les murs et les années. « J’ai décidé d’écrire l’histoire de May Ziadé pour m’aider à accepter la mienne, un peu comme une thérapie. (…) En plongeant dans le passé de May, je suis revenue à la vie. »

Lorsque la famille Ziadé part pour Le Caire en 1907, la ville est en effervescence. L’Égypte est l’oasis du monde arabe, intellectuels et artistes participent à un mouvement de renaissance culturelle et un vent de liberté est en train de souffler. L’Université égyptienne voit également le jour. May Ziadé (qui s’appelle Marie et n’a pas encore choisi son prénom d’écriture, ce May qui vient de Perse et signifie le vin mais désigne aussi les fées dans la poésie arabe) va profiter avec bonheur de tout ce que Le Caire lui offre, se consacrant à ses études, à la musique et à l’écriture journalistique, publiant très vite un premier recueil de poèmes, multipliant les rencontres avec des personnalités du monde culturel cairote. Elle entame aussi une correspondance avec Gibran Khalil Gibran dont le roman Les Ailes brisées l’a bouleversée et ouvre bientôt un salon littéraire qui rassemblera très vite une foule de poètes, journalistes, universitaires et écrivains. Mais le sort ne va pas être tendre avec elle : son père adoré succombe à une crise cardiaque, Gibran meurt en 1931 et un an plus tard, c’est sa mère qui décède. Ces drames successifs laissent la jeune femme désemparée, dans un état dépressif, à la merci de ses cousins paternels qui veulent leur part de l’héritage ; et ce sera le début de la longue descente aux enfers. Malgré les combats féministes qu’elle a menés avec Houda Shaarawi, May s’aperçoit que sur le plan juridique, tout reste à faire ; elle se trouve sans défense face aux visées machiavéliques de son cousin Joseph qui lui confisquera ses biens et la privera de sa liberté avant de la faire interner au Liban, à Asfourieh, pendant de longs mois.

« J’ai fait un rêve dans lequel les femmes, toutes les femmes gardent la tête haute, dans lequel les femmes travaillent, des femmes dans le regard desquelles on ne trouve plus ni la peur, ni la défaite, ni l’humiliation », écrit la poétesse. Elle en est loin elle-même et devra surmonter encore beaucoup d’épreuves avant de pouvoir écrire : « Je suis libre. » Ce seront là ses deniers mots, avant de s’éteindre le 19 octobre 1941. 

Mais May Ziadé reste vivante par ses écrits et par la grâce de ce témoignage plein d’une affection sincère et d’admiration pour celle qui fut comme une grande sœur, celle qui montra la voie.

BIBLIOGRAPHIE

Prisonnière du Levant : la vie méconnue de May Ziadé de Darina al-Joundi, Grasset, 2017, 144 p.

Darina al-Joundi au Salon :
Table ronde autour de Prisonnière du Levant le 4 novembre à 18h (salle Samir Frangié)/ Signature à 19h (Virgin).
 
 
D.R.
 
2017-11 / NUMÉRO 137