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Bande dessinée
Irak, récit d'une vie en rêve


Par Ralph Doumit
2018 - 12


Né en 1980 de famille d’origine irakienne installée en France, c’est à travers des voyages d’enfance que Feurat Alani apprend à connaître l’Irak. Son père, exilé pour ses idées, tient à ce que ses enfants goûtent au pays et les confie, le temps de deux courts séjours, à leurs oncles et tantes restés en Irak.

Deux parenthèses de découverte d’un pays sur le point de s’effriter sous le poids de guerres successives, et qui marquèrent profondément le jeune Feurat. Sa vocation pour le journalisme prend racine ici, dans cet attachement qui rend d’autant plus insupportables les images de son pays meurtri vues de France, à travers un écran de télévision. Un tournant de sa vie se joue là, un passage en somme à l’âge adulte. 

C’est également en réaction à la manière impersonnelle et chiffrée dont le sujet irakien est traité par les médias occidentaux lors de l’intervention américaine et les années chaotiques qui suivirent, que Feurat Alani prendra l’initiative de raconter « son » Irak dans le projet Parfum d’Irak et de revenir sur près de trente ans d’Histoire par le prisme autrement plus chaleureux de son expérience personnelle, d’enfant amoureux du pays de ses origines qui, par besoin irrépressible de témoigner de la tragédie en cours, deviendra reporter de guerre, correspondant en Irak d’organes de presse occidentaux. Récit des identités plurielles, Le Parfum d’Irak questionne ce sentiment ambigu, chez les enfants d’exilés, d’appartenir à un pays qui est avant tout celui de la génération de leurs parents.

Dans ce récit à la première personne, la subjectivité est assumée, les événements sont incarnés, les acteurs du conflit, civils en premier lieu, sont faits de chairs, de sentiments, l’Irak est fait d’odeur, de sons et de paysages urbains vus à hauteur d’homme. Si le récit est composé a posteriori, Feurat Alani a opté, comme moyen d’écriture et de diffusion, pour un format qui préserve l’instantanéité et joue sur la réactivité en direct du lecteur : le tweet.

Le long de tout un été, le voilà découpant ses souvenirs en 1000 tweets. Étrange mélange entre un récit muri, une expérience digérée et, au contraire, des phrases courtes qui semblent instinctives, ce texte hybride a le mérite de questionner à la fois la pratique du roman et l’écriture habituelle des réseaux sociaux. Si bien qu’après la salve initiale de tweets sur internet, l’idée de compiler le récit sous la forme d’un livre semblait s’imposer. C’est chose faite, sous le label Arte Éditions-Éditions Nova. 

Le texte est accompagné d’illustrations de Léonard Cohen (un homonyme), jeux graphiques à l’esthétique lisse, qui pourraient à premier abord paraître quelque peu éloignés de la texture du texte. La portée sensuelle et affective de ces illustrations est autrement plus apparente dans la mini-série animée basée sur le texte de Feurat Alani, diffusée sur Arte, et dans laquelle elles vibrent d’une chaleur nouvelle.

De tweets en ligne à l’édition papier en passant par une version animée, le projet vaut autant pour le témoignage qu’il porte sur trente ans d’histoire mouvementée que pour l’expérience pluridisciplinaire qu’il propose.
 
 
BIBLIOGRAPHIE
 
Le Parfum d’Irak de Feurat Alani et Léonard Cohen (illustrations), éditions Nova/Arte éditions, 2018, 176 p.
 


 
 
 
2018-12 / NUMÉRO 150