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Bande dessinée
Le printemps en images


Par Ralph Doumit
2018 - 05
En l’espace de quelques semaines, plusieurs publications viennent célébrer en bande dessinée le cinquantenaire de Mai 68.

Deux albums reviennent sur le déroulé du mois de mai dans le registre du documentaire. Chacun à sa manière et dans un souci de chronologie, ils suivent le fil des événements en leur donnant la cohérence que permet l’œil distancié. 

Mai 68. Histoire d’un printemps d’Arnaud Bureau et Alexandre Franc a toutes les allures du document didactique : récitatifs nombreux, chapitres, dessin d’une stricte clarté et qui n’a pas peur de la schématisation pour communiquer les idées. Il saura plaire aux lecteurs les moins familiers quant aux événements de 68, et sa limpidité le rend accessible à un public de tout âge.

L’album La Veille du grand soir, écrit par le réalisateur Patrick Rotman et dessiné avec énergie par Sébastien Vassant, met les pieds dans le plat de manière plus empreinte de passion, dans un vaste reportage dynamique revenant quasi jour par jour sur les événements qui ont rythmé le mois de mai. Le récit s’intéresse, à toutes les facettes des affrontements, sous la forme d’une double plongée, d’un côté dans l’univers des étudiants et ouvriers manifestant, et de l’autre dans celui des coulisses du pouvoir. Le scénariste se préserve ainsi de présenter les événements avec un parti pris trop prononcé et sans distance, bien qu’il fût en 68 personnellement impliqué avec force du côté de la jeune mouvance trotskiste.

Le personnage qui sert de fil conducteur au récit, un étudiant d’abord attaché à l’enseignement qu’il reçoit et déstabilisé par les revendications de ses camarades, balance entre deux eaux. Tantôt hésitant face aux élans désorganisés et impulsifs de ses pairs, tantôt, au contraire, pris par la ferveur ambiante, il incarne cette distance voulue par Rotman dans son récit des événements.

S’il va de soi que la force vive, porteuse d’avenir, est, pour le scénariste, du côté des manifestants, il n’en demeure pas moins que transparaît un palpable attendrissement pour la figure du général de Gaulle, alors vieillissant, et pour ses vaines tentatives de s’accrocher à des principes d’ordre et de fermeté. Libéré par la narration précise de Rotman, le dessin de Vassant se permet d’être plus lâché, et de s’attarder en particulier sur les attitudes, mimiques et gestuelles des uns et des autres. Une approche graphique bienvenue, tant Mai 68 s’est construit autour de tempéraments forts, de décisions impulsives et de réactions en chaîne.

Deux albums traitent les événements de 68 dans un autre registre, celui de la fiction.

Florence Cestac choisit ce cinquantenaire de Mai 68 pour sortir le second volume de sa série Filles des oiseaux. Si les plus jeunes la connaissent pour sa série Les Deblocks (Le Journal de Mickey), Cestac a marqué le monde de la bande dessinée par des albums à l’humour plus adulte et sans concession ainsi que par sa participation, aux côtés de son conjoint le formidable graphiste Étienne Robial, à la fondation de la première mouture des éditions Futuropolis en 1974, qui incarnait une volonté d’émancipation des auteurs de bande dessinée pas si étrangère que cela à l’air du temps qui vit éclore les événements de 68. Dans le second volume des Filles des oiseaux, ses deux personnages féminins, Marie-Colombe et Thérèse, dont les péripéties au sein d’un pensionnat à la morale étriquée avaient été présentées dans le tome 1, vivent cette fois, pour le meilleur et pour le pire, la grande libération post-soixante-huitarde.

Le fidèle duo d’auteurs Warnauts et Raives, habitué des récits réalistes ancrés dans une réalité historique, propose quant à lui un récit au romantisme assumé, intitulé Sous les pavés et qui met en scène un groupe de jeunes, pris dans l’engrenage des événements de 68. Leur dessin fouillé, leurs couleurs chaudes et aquarellées, sauront ravir les amateurs de récits construits, élaborés d’une manière patiente, documentée et artisanale. Une manière classique et solide de faire fiction de la grande histoire.

 
BIBLIOGRAPHIE 
 
Mai 68. Histoire d’un printemps d’Arnaud Bureau et Alexandre Franc, éditions des Ronds dans l’O, 2018, 112 p. 

Mai 68. La Veille du grand soir de Patrick Rotman et Sébastien Vassant, Seuil/Delacourt, 2018, 192 p.

Fille des oiseaux, tome 2 de Florence Cestac, Dargaud, 2018, 56 p.

Sous les pavés de Warnauts et Raives, éditions du Lombard, 2018, 80 p. 

 
 
 
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