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2018-07 / NUMÉRO 145   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Bande dessinée
Regards arabes au pluriel


Par Ralph Doumit
2018 - 04
Si les pays arabes avaient jusque-là connu des parcours individuels marquants d’auteurs de bandes dessinées, il semble évident aujourd’hui qu’un mouvement collectif a pris consistance le long de cette dernière décennie, duquel émerge ce qui a toutes les allures d’une génération.

Le recueil d’histoires courtes, Short : La Nouvelle bande dessinée arabe, compilation d’histoires courtes en bande dessinée, coédition Actes Sud-Sindbad-L’Orient des Livres, en témoigne avec force.

Si le lecteur libanais y retrouvera des pages d’auteurs familiers tels Zeina Abirached et Mazen Kerbaj (dont un émouvant et malicieux travail à quatre mains en collaboration avec sa mère Laure Ghorayeb), et des auteurs issus du collectif Samandal (Raphaelle Macaron, Joseph Kai, Ghadi Ghosn et Lena Merhej), il aura également l’occasion de constater que cette effervescence trouve son pendant dans les pays voisins.

Car l'ouvrage a le double mérite de dresser un panorama large de la nouvelle scène de la bande dessinée, du Liban à l’Égypte en passant par la Syrie, l’Irak, la Jordanie, le Maroc ou l’Algérie, et de l’inscrire dans une histoire, en mêlant ses productions à celles des auteurs qui, en porteurs de lanterne, avaient quelques décennies plus tôt ouvert la voie. 

Résolument portées vers des thématiques sociales, les histoires compilées sur plus de 200 pages sont ancrées dans une réalité locale qui les déteint jusqu’aux récits les plus personnels relevant de l’intime.

L’ensemble a à premier abord des allures de laboratoire graphique, tant chaque récit témoigne d’une volonté chez son auteur de marquer une identité, une indépendance dans la démarche, sans se fondre dans un classicisme attendu. Ce recueil riche de cette diversité, n’aura réussi sa mission que s’il sert de fenêtre vers la découverte individuelle de l’œuvre de chaque auteur, sa cohérence et sa densité sur un long terme.

Au-delà de dresser un bilan, Short est, au même titre que l’exposition autour de la bande dessinée arabe présentée à la Cité internationale de la bande dessinée d’Angoulême en janvier dernier, une mise en lumière qui doit servir de tremplin pour accompagner la pérennisation de véritables scènes de la bande dessinée en pays arabes.

Ce combat est long, et il faut saluer cette force vive chez les auteurs qui, en réponse au manque de structures éditoriales pérennes, s’organisent dans chaque pays en collectifs et arrivent à s’imposer.

Le lecteur curieux, découvrant dans Short la richesse des auteurs présentés, aura à l’esprit que l’existence-même de ce livre témoigne d’une volonté, d’un souffle et d’une énergie d’auteurs qui écrivent et dessinent sans relâche, dans des pays où, pourtant, la professionnalisation de cette activité est loin d’aller de soi.

 
BIBLIOGRAPHIE
 
Short : La Nouvelle bande dessinée arabe, Actes Sud/L’Orient des Livres, 2018, 272 p.
 
 
 
2018-07 / NUMÉRO 145