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Beau livre
Unité et diversité de l’œuvre de Nadia Saïkali


Par Farès Sassine
2012 - 02
L’ouvrage est de peu d’épaisseur et de format pudique et élégant, mais il est d’extrême importance non seulement pour illustrer l’œuvre de Nadia Saïkali et la faire mieux connaître, mais pour aider à la mieux insérer dans l’histoire de la peinture libanaise. Disons d’emblée que les reproductions sont de belle qualité même quand il arrive que des œuvres (surtout quelques-unes des années 1980) résistent à livrer intégralement leur originalité chromatique, et que la mise en page est remarquable pour un livre regroupant des textes de dates et d’auteurs divers, mais tous éclairants et de grand intérêt malgré parfois l’ombre d’un jargon propre aux critiques du domaine.

Nadia Saïkali est née en 1936 dans une famille de Beyrouth et appartient à la génération cadette de celle des Khalifé, Guiragossian et Abboud, Yvette Achcar (nés tous les quatre entre 1923 et 1928). Dès 1957, elle s’engage dans les voies de l’abstraction. Épouse Gaboriaud en 1974, elle est tantôt à Paris pour études (Ensad) et expositions, tantôt à Beyrouth où elle travaille et enseigne à l’ALBA et à l’Université libanaise. La guerre et la coupure de la capitale en deux l’éloignent du Liban où ses retours sont désormais occasionnels sans que la destinée du pays ne cesse de lui peser. 
Il est facile de repérer plusieurs périodes dans le parcours de Saïkali, et ce à partir des matériaux, du style, des préoccupations, des couleurs, des dimensions des œuvres… Elles sont, mis à part l’attrait pour Cézanne et les peintures initiales, toutes présentes dans l’ouvrage qui débute par les volumes luminocinétiques des années 1968-1975 où l’artiste est attirée par la fibre de verre et le plexiglas, la troisième dimension, l’expérimentation tactile et surtout visuelle, et où elle se lance dans l’« Optical art » et l’art cinétique. La lumière, comme le saisit à l’époque Etel Adnan (1973), est au centre de ses préoccupations. 

À partir de 1979, Saïkali, installée au Bateau-lavoir réhabilité, renoue avec la peinture : « J’ai le sentiment de renaître de mes propres cendres. » Une série de grands dessins, méticuleux à la Bellmer, naît inspirée par les photocopies de ses mains sous le signe de l’« Empreinte » ainsi que des toiles qui cherchent les mots les plus propres à énoncer l’élan qui les met au jour dans leur traversée et utilisation des éléments : Géodermies, Archéodermies… Ce parcours trouve en 1986 un relais majeur : « Empreintes : Autoportraits ». Le peintre réalise à plat au sol, pour diptyques et triptyques, des peintures monumentales où traces et empreintes reconnaissables ou mystérieuses, corporelles ou matérielles, se fondent dans des monochromes et des camaïeux.

Avant d’évoquer l’apothéose finale, ne craignons pas de dire que l’unité de l’œuvre à travers ses périodes distinctes peut être induite, entre autres, des textes datés des commentateurs qui, rendant compte d’une étape, s’appliquent presque aussi bien à une autre, ultérieure.

Une nouvelle période s’ouvre en 2000. Elle nous semble la plus belle, la plus riche, non seulement intégrant les constantes qu’on ne cesse de repérer dans les diverses étapes, la lumière et le mouvement, la couleur et la matière, mais portant plus loin la fougue créatrice en enrichissant la palette chromatique et en déstabilisant plus harmonieusement et plus violemment l’architecture de la toile. Indéniablement un grand moment de la peinture abstraite, sans doute au-delà de la scission de l’abstraction et de la figuration, quelque part sur les cimes du beau toujours à redéployer.
 
 
 
 
 
Empreinte sonore, huile sur toile, 80 x 80 cm
 
BIBLIOGRAPHIE
Saïkali de Gérard Xuriguera, Jean-Jacques Levêque, Jean-Ma, bilingue français-anglais, 25 x 25 cm, 140 illustrations, Somogy éditions d’art, Paris, 2011, 120 p.
 
2019-11 / NUMÉRO 161