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2018-09 / NUMÉRO 147   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Le clin d'œil de Nada Nassar-Chaoul
Un Noël design


2018 - 01
«Tree no good » avait décrété, désolée, Soma, juchée sur un escabeau précaire pour atteindre les décorations de Noël remisées au grenier. Quoi ? « No good » le gros sapin touffu qui avait bercé de ses lampions clignotants les Noël de rêve que vous prépariez avec amour pour vos chers petits ? « No good », le témoin des cris de joie qui accueillaient l’ouverture des paquets et la joyeuse pagaille qui s’en suivait ? Au dépotoir le gros Père Noël à la barbe blanche, l’étoile polaire toujours de guingois, les guirlandes tarabiscotées et le sabot rouge fourré de faux bonbons brillants ? 

Effectivement, après des années de bons et loyaux services, le sapin des enfants avait déclaré forfait et gisait, tel un pantin désarticulé, sur le sol de la cuisine. Sans doute, malheureux, le cher arbre, depuis leur départ à l’étranger. Et frustré de garnir un salon où ne veillaient désormais que des adultes désabusés que la magie de Noël avait déserté depuis longtemps.

Pour conjurer la nostalgie dangereuse qui s’empare sournoisement de votre âme, vous décidez bravement de tourner la page. À bas les sapins ringards ! À bas les décorations dépareillées en bric-à-brac et les « séries » de guirlandes lumineuses hasbeen qui expirent le 25 décembre, vous forçant à courir sous la pluie à la papeterie du coin en acheter de nouvelles qui feront à peine le déjeuner de fête ! 

D’ailleurs, avec votre nouveau salon épuré, vos coussins écrus et vos sièges zen, il est clair qu’il vous faut un nouveau sapin. Quelque chose de chic et de simplissime à la fois. De trendy quoi. 

Dans la boutique branchée où vous vous rendez, une vendeuse dédaigneuse vous guide vers un sapin conique en jute et cordages, lumières feutrées intégrées. « Design », précise-t-elle avec mépris quand vous faites faiblement remarquer qu’il n’est pas possible de le décorer. Vous payez un prix exorbitant. Comme pour les repas diététiques, moins il y en a, plus c’est cher.

Soma a la délicatesse de ne rien dire quand vous débarquez à la maison, votre étrange objet à la main. Mais son regard en dit long.
 
 
D.R.
 
2018-09 / NUMÉRO 147