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2017-11 / NUMÉRO 137   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Éric-Emmanuel Schmitt croit en l'homme


Par Lamia el-Saad
2017 - 11
Parce qu’il existe plusieurs degrés dans le pardon, Éric-Emmanuel Schmitt a rédigé non pas une mais quatre histoires qui se complètent et abordent ce sujet sous un aspect différent, de sorte que l’on n’a jamais le sentiment de lire quatre fois la même histoire. Plutôt que de se contenter d’opposer naïvement ceux qui pardonnent et ceux qui ne pardonnent pas, Schmitt pousse son exploration des sentiments humains beaucoup plus loin et analyse les raisons pour lesquelles on pardonne. Quelle que soit sa nature, le pardon demeure la meilleure réponse possible.

La Vengeance du pardon est un titre qui associe deux mots que tout oppose. Il est à l’image des personnages de chaque histoire : des personnages que tout oppose, en apparence ; manichéens, en apparence ; des personnages pourtant très nuancés qui évoluent au fil des pages pour nous convaincre que nul n’est jamais complètement noir ni tout à fait blanc.

Certains réussissent à se racheter, à s’humaniser : ceux-là avaient été pardonnés avant. Ce n’est pas parce qu’un coupable change qu’on lui pardonne, c’est parce qu’on lui pardonne qu’il change. L’accent est ainsi mis sur le pouvoir rédempteur du pardon qui permet de faire ressortir ce qu’il y a de meilleur en chacun. De fait, nul n’est, a priori, irrécupérable. Après La Nuit de feu qui relate la conversion de Schmitt dans le désert et dont le sous-titre pourrait être « Je crois en Dieu », il nous livre un ouvrage dont le sous-titre pourrait être « Je crois en l’homme ».
Entre le récit autobiographique qu’est La Nuit de feu et La Vengeance du pardon, il a publié L’Homme qui voyait à travers les visages : un ouvrage où Schmitt incarne son propre personnage et révèle beaucoup de lui-même. Se serait-il à nouveau retiré de ses livres ? Rien n’est moins sûr… Certes, il semble être le grand absent de La Vengeance du pardon, mais n’en est que plus présent : dispersé, dissimulé mais que l’on devine, traitant un sujet qui lui tient à cœur… L’on y retrouve, reconnaissable entre mille, cette lumière qui traverse l’œuvre de Schmitt.

Il déjoue le piège du discours moralisateur. Nullement prêcheur du dimanche, il n’est qu’un conteur d’histoire ; mais un conteur chevronné qui tire les ficelles de cet art avec une dextérité remarquable, au point de nous livrer un récit bien plus prenant qu’un roman policier. Un de ces récits qui vous arrachent littéralement à votre quotidien et vous donnent le sentiment de vivre une autre histoire bien plus que votre propre vie…

L’auteur réussit à créer un suspense psychologique qui maintient le lecteur en haleine jusqu’à la dernière page, laquelle n’est jamais décevante ! Schmitt accorde, en effet, un soin tout particulier à la sortie de scène de ses personnages, au point qu’il faut parfois attendre les dernières lignes pour que soit révélé le sens de l’histoire toute entière. Ce qui donne envie de la relire aussitôt à la lumière d’un dénouement qui éclaire tout un parcours d’un jour nouveau.

La Vengeance du pardon n’est pas de ces livres qui vous font passer le temps et ne vous apportent rien. Sous le prétexte de faire plaisir, il plonge le lecteur à l’intérieur de ses pages, en fait un personnage à la recherche du rôle qu’il aurait pu jouer, une conscience qui se demande ce qu’elle aurait fait à la place de... L’air de rien, c’est un livre qui nous pousse à réfléchir et nous rend meilleurs.

BIBLIOGRAPHIE
La Vengeance du pardon d’Éric-Emmanuel Schmitt, Albin Michel, 2017, 336 p. 

Éric-Emmanuel Schmitt au Salon :
Rencontre le 10 novembre à 19h30 (salle Montaigne)/ Signature à 20h30 (Virgin).
 
 
© Roberto Frankenberg
Le pardon ne supprime pas le passé mais ouvre les portes de l’avenir.
 
2017-11 / NUMÉRO 137