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Editorial
La conspiration du silence
Par Alexandre NAJJAR
2012 - 08
Pour sauver Benghazi, la communauté internationale s’est mobilisée. Elle a commencé à imposer une « no-fly zone », puis a envoyé des troupes en Libye déloger Kadhafi. Mais pour éviter un massacre à Houla, Homs, Hama et Alep, elle ne lève pas le petit doigt et se contente de protester contre les « abus » de l’armée syrienne qui emploie les chars et l’aviation pour mater son propre peuple. La Cour pénale internationale poursuit Kadhafi et sa smala pour crimes contre l’humanité ; mais elle ferme les yeux sur les génocides perpétrés par les autorités syriennes. Deux poids, deux mesures. Où est la différence ? Le pétrole ? Le veto russo-chinois ? Les intérêts d’Israël ? Face à la détresse de milliers de Syriens, l’impuissance de la communauté internationale constitue la honte du printemps arabe. Non contente de laisser à l’abandon les insurgés qui, en désespoir de cause, ont pris les armes pour se défendre, elle encourage, par son impuissance, Assad et sa clique à persévérer dans la voie de la barbarie. En févier 1867, réagissant à la boucherie commise par les Ottomans contre les Crétois à Arkadi, Victor Hugo écrivait : « Et l’opinion publique ? Que fait-elle ? Que dit-elle ? Rien. Elle est tournée d’un autre côté. Que voulez-vous ? Ces catastrophes ont un malheur ; elles ne sont pas à la mode. Hélas ! (…) Six ou sept grandes puissances conspirent contre un petit peuple. Quelle est cette conspiration ? La plus lâche de toutes. La conspiration du silence. Mais le tonnerre n’en est pas. Le tonnerre vient de là -haut, et, en langue politique, le tonnerre s’appelle Révolution. » Malgré cette « conspiration du silence », la révolution grecque a fini par triompher. Malgré la « conspiration du silence », la révolution syrienne vaincra.
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