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2014-07 / NUMÉRO 97   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Editorial
Pontius Pilatus


Par ALEXANDRE NAJJAR
2012 - 03
Y a-t-il, comme à la Bourse, une cotation pour les vies humaines ?  Devant le spectacle que nous offre aujourd’hui la Syrie, devant l’impuissance scandaleuse d’une communauté internationale qui ne bouge pas le petit doigt pour protéger Homs et Hama, force est de constater que la vie d’un Libyen vaut plus cher que celle d’un Syrien. En Russie, M. Poutine soigne son image de judoka inébranlable et joue les matamores en sabotant les résolutions du Conseil de sécurité ; il cherche, en sauvant le soldat Assad, à refouler le fantôme islamiste qui menacerait ses frontières, à préserver sa base militaire et ses intérêts économiques dans le pays, et à amadouer l’Église orthodoxe qui s’inquiète pour la communauté chrétienne de Syrie. Profitant de cette situation, le régime alaouite, lui, poursuit le carnage, écrase la population et n’hésite pas à assassiner les journalistes étrangers en quête de vérité. Mais parce qu’il se prétend « démocratique », il organise le plus sérieusement du monde un référendum sur une nouvelle Constitution – véritable mascarade qui confirme bien que tous les dictateurs (Kadhafi comme Hitler, Saddam comme Néron) finissent prisonniers de leur illogisme, empêtrés dans leurs contradictions, embourbés dans l’arrogance… De leur côté, les États-Unis s’émeuvent mais, de connivence avec Israël, privilégient le pourrissement, la lente agonie, indifférents au sort de milliers de victimes et prisonniers, incapables de comprendre que l’enlisement fera la part belle aux extrémistes et contribuera fatalement à radicaliser l’opposition. « Et Pilate, voyant qu’il ne gagnait rien, mais que plutôt il s’élevait un tumulte, prit de l’eau et se lava les mains devant la foule, disant : Je suis innocent du sang de ce juste ; vous, vous y aviserez », lit-on dans les Évangiles. Quelle que soit l’issue de cette révolution syrienne, une chose est sûre : Bachar el-Assad n’est pas le seul coupable. Il y a aussi les autres : les Ponce Pilate.
 
 
 
2014-07 / NUMÉRO 97