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Essai
Aux pays de l’or bleu
Et si les ressources en eau, jusque-là sources de conflits, devenaient sources de paix ?

Par Lamia el-Saad
2018 - 11
Hydrodiplomatie et Nexus. Derrière le titre rébarbatif du dernier ouvrage de Fady Georges Comair, la solution au problème de l’inégale répartition de l’eau qui suscite bien des tensions géopolitiques. Il s’agit, en priorité, « d’exclure toute forme de domination d’un pays sur l’autre, d’éloigner la militarisation de l’accès aux sources d’eau ». L’hydrodiplomatie est un « outil pour construire la coopération régionale » et favoriser une « culture de la paix et de la préservation de la planète ».

L’hydrodiplomatie a également pour but de promouvoir une « culture de l’eau » : un travail d’éducation et de sensibilisation qui vise la société civile et tout particulièrement les femmes pour lutter contre « les habitudes, conscientes ou non, du gaspillage » et obtenir une « utilisation plus économe des ressources ». À titre d’exemple, le CIH (Civic Influence Hub) a produit au Liban en 2013 un plan sur cinq ans pour améliorer la gestion des ressources en eau du pays, « Blue Gold of Lebanon, (L’Or bleu du Liban) ».

L’hydrodiplomatie se base sur des textes législatifs « anti-crise » élaborés par le « droit international de l’eau ». Ils sont particulièrement importants pour les États du Proche-Orient et peuvent faire l’objet de recours devant la Cour internationale de justice. L’auteur nous fait découvrir les coulisses des négociations, la rédaction des feuilles de route, et souligne les succès de l’hydrodiplomatie, notamment en ce qui concerne le Liban et la Syrie (négociations du partage des eaux des fleuves Oronte et Nahr el-Kebir).

Comair revient sur le soutien des organisations internationales aux « pays catalyseurs de paix » et sur leur rôle dans la promotion du nexus.

Emprunté à la biologie cellulaire, le terme nexus désigne, par extension, « un ensemble d’idées, de concepts relié entre eux ». Il a donc été choisi pour désigner le « triptyque eau-énergie-alimentation ». De fait, ces trois facteurs sont inextricablement liés : « le manque d’eau affecte la production d’énergie, l’agriculture et l’industrie agro-alimentaire, donc l’alimentation ». Il est à déplorer que la FAO ait longtemps « mis l’accent sur la lutte contre la faim, au détriment du soutien aux projets d’irrigation ». L’hydrodiplomatie permet, au contraire, une « gestion mieux intégrée des trois composantes du nexus » : c’est une approche globale pour un problème global.

Fady Comair peut se prévaloir d’une longue liste de publications traitant de l’eau et de l’énergie, mais aussi d’une expérience de terrain concrétisée par les ouvrages et travaux hydrauliques dont il assure depuis des années la direction au Liban.

Loin de se contenter de dresser un état des lieux, il propose des solutions pour traiter le problème de l’inégale répartition de l’eau et cible les institutions qui restent à renforcer voire même à créer, notamment une « Haute Autorité de l’eau, l’énergie et l’alimentation pour la Méditerranée ». 

Fruit d’un colossal et remarquable travail de recherches, ce livre très circonstancié est riche en exemples de cas, en tableaux, en encarts détaillés… Mais ce n’est pas, pour autant, un ouvrage purement scientifique destiné à quelques initiés : il réussit le tour de force de demeurer agréable à lire, accrocheur et accessible à un public de citoyens qui devraient tous se sentir concernés par ce sujet à l’heure où l’eau douce ne représente plus que 2% du volume global d’eau. 


BIBLIOGRAPHIE
Hydrodiplomatie et Nexus de Fadi Comair, éditions Johanet, 2018, 170 p. 

Fady Comair au Salon :
Table ronde « Eau et paix : enjeux et conflits », le 7 novembre à 19h (salle 2 – Aimé Césaire)/ Signature d’Hydrodiplomatie et Nexus à 20h (Antoine).
 
 
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2018-11 / NUMÉRO 149