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2018-11 / NUMÉRO 149   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Essai
De la Syrie ottomane à l'oligarchie actuelle


Par Jabbour Douaihy
2018 - 11
Peut-on écrire aujourd’hui l’histoire de la Syrie moderne comme si de rien n’était ? Tout retour sur les développements en tous genres qui ont contribué à partir du XIXe siècle à la formation de l’actuelle entité syrienne ne peut s’empêcher de présenter en creux, au lecteur, les éléments de la déflagration de 2010 dont les péripéties tragiques sont toujours en cours. Même si l’ouvrage de Matthieu Rey veut s’arrêter à la veille du « printemps arabe » et malgré un petit épilogue qui remet la Syrie « à la croisée des chemins », il dessine un territoire traversé durant deux siècles par des mutations sociales, démographiques, économiques, tribales ou étatiques qui ont atteint un moment de rupture (sans précédent en pertes et destructions surtout au vu de l’arsenal militaire, de la Kalachnikov du rebelle au missile balistique jusqu’aux armes chimiques) dans la deuxième décennie du XXIe siècle.

Appuyé sur une abondante bibliographie (quelques 35 pages) qui marque l’intérêt permanent des chercheurs et des historiens pour cette région du monde, l’auteur a recours à toutes sortes de documents (mémoires, presse…) pour remonter le cours de cette Syrie longtemps dominée par une géographie tribale et rurale laissant si peu d’espace aux quelques centres urbains avec Alep et Damas en tête. L’expédition d’Ibrahim Pacha dans les provinces ottomanes verra un Égyptien d’origine albanaise reformer la gestion locale et urbaine vers un plus grand contrôle des territoires. La deuxième moitié du XIXe siècle remettra la Syrie au rythme des reformes ottomanes et ouvrira la voie à une dynamique urbaine « avide de changements ». La Grande guerre verra s’instaurer manu militari un mandat français sans véritable projet et qui permettra à la lutte nationaliste de forger une identité combattante et de faire émerger un État indépendant lui-même à la recherche d’une vocation.

Vingt ans de parlementarisme et d’instabilité gouvernementale, relus plus tard comme une forme de néocolonialisme, ouvriront la voie, sur le modèle nassérien, à un étrange « agent de la modernité », l’officier de l’armée qui veillera aux destinées d’une bonne partie des pays du Moyen-Orient (Saddam Hussein, Gathafi ou Saleh le Yéménite) et dont le prototype accompli en Syrie sera Hafez el-Assad. Pilote de guerre, baathiste et sorti du pays alaouite profond. 

Matthieu Rey présente une lecture « totale » de la Syrie, conjuguant les mouvements de fond, le contexte régional et international et le rôle parfois dominant du chef, intitulant ainsi les trois derniers chapitres du nom d’Assad I, II, III. 

Le mouvement révisionniste de ce ministre de la Défense qui a su se débarrasser de ses alliés-concurrents, jouer des données du conflit israélo-arabe et mobiliser sa communauté tout en flirtant avec les autres minorités, donnera au dirigeant une dimension déterminante. C’est ainsi qu’à partir de 1970 se mettra en place au fil des années un pouvoir centralise autour d’Assad grâce aux services de renseignements (265 agents pour mille habitants !) qui se substitueront dans la réalité de la gestion du pays au parti et au gouvernement et serviront de référence pour l’achat d’une voiture comme pour la conclusion d’un mariage ou l’ouverture d’un commerce. Sorti vainqueur d’une rébellion islamiste noyée dans le sang à Hama, celui qui verra s’organiser autour de lui un véritable culte de la personnalité gouvernera un pays en trompe-l’œil, une République « comme si ». Il lèguera le pouvoir à son fils qui, fort de ses alliances iranienne et russe, va détruire le pays pour sauver le régime. 


BIBLIOGRAPHIE
Histoire de la Syrie XIXe-XXIe siècle de Matthieu Rey, Fayard, 2018, 400 p.

Matthieu Rey au Salon :
Table ronde « L’histoire mondiale : histoire connectée » le 6 novembre à 19h (salle 2 – Aimé Césaire)/ signature à 20h (Orientale)/ Débat « Relations transméditerranéennes », le 7 novembre à 17h30 (salle 1 – Antoine Sfeir)/ Débat « Trajectoires syriennes. Passé et présent d'une société ? », le 8 novembre à 19h (Agora)/ Signature à 20h (Orientale)/ Débat « Révolutions arabes : destins communs, destins divers », le 10 novembre à 19h (salle 2 – Aimé Césaire)/ Signature à 20h (Orientale).
 
 
D.R.
 
2018-11 / NUMÉRO 149