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Essai
La littérature libanaise d'expression française revisitée
Un flot intarissable de mots et d'images... C’est ce que Georges Labaki, universitaire de renom et président de l'ENA, nous offre à travers un recueil intitulé Anthologie de la littérature libanaise d’expression française, fruit d’un travail dense de recherche et de synthèse.

Par Romy Batrouny
2017 - 09


L’auteur a adopté une conception « romantique » de l’anthologie, la présentant comme une « histoire d’amour entre un lecteur et un répertoire d’œuvres ». Quant à l’expression « littérature libanaise d’expression française », elle n’est pas fortuite : elle se différencie de la littérature française en raison de l’origine de ses auteurs et ne se confond pas non plus avec la littérature dite francophone dont les contours demeurent peu précis. C’est une littérature nationale, bien que véhiculée par une langue non officielle, qui traduit au mieux les pensées les plus profondes et les émotions les plus complexes des Libanais. Ce phénomène atypique illustre parfaitement le fait que « l’âme libanaise est prédestinée à l’ouverture sur le monde ».
 
L’auteur fait remonter la naissance de cette « sensibilité toute particulière, née à la lisière de l’Orient et de l’Occident » à la fin du XIXe siècle. Labaki se donne pour mission de cerner les phases du développement de la littérature libanaise d’expression française. C’est ainsi que, selon l’auteur, tout commence en 1874 lorsque Michel Misk publie son premier recueil poétique. Durant cette première étape, qui prend fin en 1920, les œuvres produites par les écrivains libanais, comme Chekri Ghanem, Jean Dagher ou May Ziadé, sont imprégnées d’une mélancolie et d’une tristesse palpables dues à l’éloignement de l’Orient où, paradoxalement, ils puisent leur inspiration.

La deuxième phase, qui débute avec le mandat français et la naissance du Grand-Liban, constitue la seule période durant laquelle le français est une des langues officielles du pays. Durant cette époque, sur une terre qui peine à cerner les contours de son identité, le « libanisme phénicien » prend naissance, avec Charles Corm pour chef de file. Les partisans de cette thèse, tels Hector Klat, Élie Tyane et Michel Chiha, défendent l’identité phénicienne du pays du Cèdre, comme en témoigne ce vers révélateur tiré de La Montagne inspirée de Corm : « Langue des Phéniciens, ma langue libanaise... » 

C’est en 1945 que débute la littérature de la troisième génération. La page du mandat tournée, les écrivains demeurent néanmoins attachés à la langue française et proposent des œuvres plus hardies, souvent influencées par le symbolisme ou le surréalisme. Des auteurs notables, couronnés pour la plupart par des prix littéraires prestigieux, s'imposent durant cette période. On en citera Georges Schéhadé, Farjallah Haïk, Fouad Gabriel Naffah, Salah Stétié, Andrée Chedid, Vénus Khoury-Ghata et Nadia Tueni.

La quatrième phase, baptisée « la littérature de la guerre » par Labaki, reflète les maux de la guerre fratricide et l’exil. Plusieurs auteurs, tels Amin Maalouf, Alexandre Najjar, Ghassan Fawaz, Dominique Eddé, Wajdi Mouawad, Ramy Khalil Zein, Charif Majdalani ou Antoine Boulad, ont exprimé leur dégoût de cette époque morbide et mis à nu le mal-être libanais.
La cinquième génération, enfin, qui compte des auteurs prometteurs comme Ritta Baddoura, Tamirace Fakhoury, Hyam Yared, Nabil Mallat ou Yasmina Traboulsi, soulève de nouvelles thématiques, notamment la destinée humaine, le déchirement, la condition féminine et l’amour...

Georges Labaki nous invite, au fil des pages de son anthologie qui propose notices biographiques et textes choisis, à découvrir 143 poètes, romanciers et essayistes libanais, connus ou méconnus. Il nous prouve que la littérature libanaise d’expression française, loin d’être une pâle copie de la littérature française, exprime des pensées, des émotions et des aspirations singulières, particulièrement imprégnées de cet Orient tourmenté.
 
 BIBLIOGRAPHIE
Anthologie de la littérature libanaise d'expression française de Georges Labaki, NDU Press, 2017, 506 p.
 

 
 
 
2017-11 / NUMÉRO 137