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2017-07 / NUMÉRO 133   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Essai
Le mystère et la fascination du mal
« La saga du crime au XXe siècle »… lorsque la réalité transcende la fiction.

Par Lamia el-Saad
2017 - 07
Auteur du best-seller L’Abbé Pierre, l’insurgé de Dieu, de livres consacrés à Sœur Emmanuelle et au pape François, mais aussi aux « plus grands escrocs de l’histoire » et aux « magiciens fous de Hitler », Pierre Lunel semble s’intéresser à l’être humain dans ce qu’il a de meilleur… et de pire…

Dix chapitres. Dix « serviteurs du mal » soigneusement sélectionnés. Ils se divisent en deux catégories : les criminels et les gourous.

Les points communs entre les « grands criminels » sont légion. Les pulsions sexuelles incontrôlées en font partie. Signalons une particularité propre au cas de Peter Kurten, surnommé « le vampire de Dusseldorf », qui avait besoin pour jouir de la vue (et du goût !) du sang de ses victimes.

L’auteur livre des détails très circonstanciés sur les crimes, l’enquête policière, l’instruction judiciaire, la traque des coupables, les interrogatoires, les zones d’ombre qui n’ont jamais été éclaircies. Ainsi, celles de l’Affaire Joseph Vacher, surnommé « le Jack l’éventreur français ». Affaire qui inspira le film Le Juge et l’assassin. 

Lunel n’hésite pas à remettre en question la version officielle dans l’Affaire Charlie Manson et soutient que l’Amérique puritaine et conservatrice s’est servie de ses crimes comme prétexte pour étouffer le mouvement hippie du Flower Power qui prônait la libération sexuelle. Le fait est que Charlie Manson a été systématiquement relâché par la police qui aurait « laissé faire ». L’auteur n’hésite pas non plus à revenir sur le lien étroit entre Manson et Roman Polanski qui se trouvait impliqué dans des affaires de drogue, de réseaux mafieux, de films pornographiques non consentis et même de meurtre (un triple meurtre ayant été commis dans sa maison). Cette vérité fut étouffée (Los Angeles ne touche pas à Hollywood) et Polanski ne fut même pas interrogé !

Quant aux gourous, ils agissent tous selon le même mode opératoire. Paresseux et bien prédisposés à vivre aux crochets des autres, mais dotés d’un immense pouvoir de persuasion et même de séduction, ils exercent une emprise totale sur des adeptes riches, intelligents et diplômés (qui se retrouvent privés de toute capacité de discernement) et obtiennent d’eux leur argent, leur épouse (qui passe par le lit du gourou afin d’y être « purifiée ») et même leur vie, l’épilogue étant un suicide collectif.

Le dénominateur commun entre les « serviteurs du mal » des deux catégories est, sans surprise, la drogue qui permet aux criminels et aux gourous d’améliorer leurs performances sexuelles et qui garantit la docilité des victimes.

Raspoutine dont le visage se détache en rouge et noir sur la couverture demeure un cas à part : un cas unique, autant par sa vie que par sa mort. Aussi éloigné de la sainteté qu’il est possible de l’être, il a cependant réussi à passer pour un Saint et à faire croire à un pouvoir divin qui lui permettait de sauver la vie du tsarévitch chaque fois que celle-ci semblait compromise. Victime d’un énième complot, il a survécu à des doses massives de cyanure de potassium et à trois balles de revolver (dont une en plein cœur et une autre au cerveau) pour être finalement jeté vivant dans les eaux glacées de la Neva. L’autopsie ne révéla aucune trace de poison !

D’aucuns trouveront – non sans raison – cet ouvrage glauque, dérangeant, malsain. D’autres seront fascinés et happés par cette plongée abyssale dans les noirceurs de l’âme humaine, cette descente aux enfers au goût de fruit défendu, cette analyse inédite du lien mystérieux entre un criminel et le « mal absolu ». Pourquoi ont-ils fait cela ? Et pourquoi en avons-nous fait « des icônes du mal » ? Cette expression (qui a désormais cours) est, à elle seule, très révélatrice de la fascination qu’ils exercent sur nous.

L’été est, paraît-il, la saison qui se prête le mieux à la lecture de polars. Les amateurs du genre trouveront dans ce livre la preuve que la réalité dépasse souvent (et de beaucoup !) la fiction.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Les Serviteurs du mal de Pierre Lunel, éditions First, 2017, 304 p.
 
2017-07 / NUMÉRO 133