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2017-09 / NUMÉRO 135   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Essai
Démocratie consensuelle ? Certes, mais au forceps.


Par Youssef Mouawad
2017 - 01


L'ouvrage de Valérie Azhari nous donne à lire l’histoire du Liban comme le récit de guerres intestines ponctuées de cessez-le-feu ! Car elle a pointé du doigt la question de la violence politique. Et la violence est quelque part fondatrice d’ordres nouveaux, et pas uniquement sous nos latitudes. Sans devoir remonter à l’aube de l’histoire, nous pouvons conclure que la moutasarifiya est née des suites des massacres confessionnels de 1860. Et de même la proclamation de l’État du Grand Liban par le général Gouraud en 1920 est la conséquence directe de la défaite des troupes du roi Fayçal à la bataille de Maysaloun. La crise de 1958 a rééquilibré un tant soit peu la formule politique au niveau de l’administration publique (siti wa siti moukarar). Et enfin les conflits protéiformes de la guerre libanaise ont accouché de la formule de Taëf, comme l’accord de Doha était la suite logique du coup de force opéré le 7 mai 2008 par les sections d’assaut du 8 Mars.

Le Liban s’est certes structuré autour d’une formule attrayante, celle de la démocratie consensuelle. Selon l’auteure, les idiosyncrasies du système multiconfessionnel libanais sont dues à une évolution spécifique de notre histoire et de notre culture politiques. On peut donc parler d’une « invention » et les Libanais peuvent en revendiquer la paternité. Faut-il ignorer cependant qu’à chaque reprise l’étranger est intervenu, nous forçant la main pour parvenir à un accord ?

La thèse de Valérie Azhari revient à dire que les décisions fondatrices du régime multiconfessionnel (et de ses multiples avatars) ont été prises « à chaud ». C’est dans l’urgence ou sous la pression que le Liban s’est construit ! Le Liban pluriel a toujours été régi par l’état d’exception ; c’est qu’on y vit soit à la veille d’un conflit soit au lendemain d’un armistice. Dans des pays où les sociétés sont apaisées, l’état d’urgence est décrété par les autorités. Au Liban nul besoin de déclaration, l’urgence EST.

L’ouvrage en question s’articule autour de trois parties présentées de façon chronologique et thématique. La première partie est consacrée à la naissance du Liban et à sa formation historique allant de l’Émirat Maʻanide jusqu’à la fin de la période mandataire. La deuxième partie de l’ouvrage survole la période de la première indépendance, et souligne les difficultés du jeune État à se construire sur le modèle occidental entre 1943 et 1958. La troisième partie qui traite de la période s’étendant de la crise de 1958 à la mise en œuvre des accords de Taëf en 1990, révèle la fragilité du système multiconfessionnel et la nécessité d’un appel à l’arbitrage extérieur pour résoudre les conflits. 

En fait, tout est prétexte à querelle au Liban. Tant et si bien que Dominique Chevallier se demandait si la permanence de nos traits fondamentaux (nos structures communautaires de base) ne vouait pas notre société à une évolution agitée mais très lente.

Or Michel Chiha nous avait prévenus que le Liban était « un pays que la tradition doit défendre contre la violence ». Mais était-ce autre chose qu’un vœu pieux de la part de l’ancien élève des pères jésuites ? 

Car à jeter un coup d’œil sur le récit que fait Valérie Azhari de notre histoire cahotante, on réalise que tout est violence, chaque changement de régime et chaque révision constitutionnelle s’opérant au forceps… et avec intervention étrangère.


 
 
C’est dans l’urgence ou sous la pression que le Liban s’est construit !
 
BIBLIOGRAPHIE
Le Système multiconfessionnel, une invention libanaise ? de Valérie Azhari, Geuthner, Paris, 2016, 355 p.
 
2017-09 / NUMÉRO 135