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Essai
Obama, l’heure du bilan
En 2008, les président Barack Obama était un « rêve merveilleux dans lequel chacun pouvait projeter ses désirs politiques ». Ce qui faisait sa force est devenu sa faiblesse. Bilan et analyse d'un mandat ainsi que des dernières élections.

Par Lamia el Saad
2012 - 12
Actualité oblige. Les ouvrages sur le président Obama trônent en bonne place sur les rayons des librairies. Trois d’entre eux ont retenu notre attention. Tangi Quéméner et Guillaume Debré s’étonnent de concert que celui que l’on considérait autrefois comme un « messie politique » et qui avait été « le président le mieux élu de l’histoire » se soit trouvé engagé dans une campagne électorale incertaine ; et illustrent la manière avec laquelle le candidat du Yes we can s’est heurté à la réalité du pouvoir et a « douloureusement appris à devenir président ». Ils dressent ainsi le bilan économique et politique « contrasté » de son mandat. André Kaspi se distingue des deux premiers en ce qu’il est beaucoup moins nuancé et n’hésite pas à parler de « grande désillusion ». 

De leur côté, Debré et Quéméner portent un jugement plus indulgent sur cet « homme qui a beaucoup promis et s’est condamné à beaucoup décevoir ». De fait, Obama serait surtout « victime du formidable espoir » qu’il a suscité quatre ans plus tôt ; « prisonnier du symbole » qu’il a incarné. 

Leurs avis divergent également en ce qui concerne le bilan du président. Kaspi estime qu’« Obama n’a réalisé son programme que partiellement et imparfaitement ». Debré soutient qu’il a « bien appliqué son programme ». Plus nuancé, Quéméner observe que « plusieurs promesses… n’ont pas été tenues ».

Si Kaspi enfonce le clou en affirmant que les « maladresses du président tiennent à son inexpérience », Debré les attribue à une mauvaise communication : en effet, Obama a beaucoup réformé, notamment pour renforcer l’État-Providence, « mais il n’a jamais pris la peine d’expliquer sa politique ». Ce qui était d’autant plus nécessaire que son positionnement idéologique est extrêmement « fluide ». Décrit comme un « Janus politique », il serait pragmatique ; « romantique le jour, réaliste la nuit ». 

Mais il faut juger en fonction des faits. D’une manière générale, la politique étrangère d’Obama consistait en une « main tendue » aux régimes totalitaires et aux ennemis des États-Unis. Or cette main tendue « n’a saisi que du vide ». Du printemps arabe, l’Amérique d’Obama est sortie « stratégiquement affaiblie » ; l’Afghanistan est devenu un « bourbier » ; quant au processus de paix… « partagée entre la volonté de créer un État palestinien viable, d’assurer la sécurité d’Israël et de ne pas perdre le vote juif… l’administration s’emmêle les pinceaux ». Toutefois, dans la lutte contre le terrorisme, Obama a « remplacé la massue par le scalpel, préférant les frappes chirurgicales aux bazookas ». Le raid qui a entraîné la mort de Ben Laden « a probablement été l’un des plus effrontés de l’histoire des Navy Seal » et restera « un coup de maître ».
Si sa réélection semblait ne pas être assurée, c’est surtout en raison de l’incapacité d’Obama à sortir de la crise économique. Un an à peine après son arrivée au pouvoir, son administration était déjà accusée de « coucher avec Wall Street ». Il a cependant réussi à sauver l’industrie automobile et, par conséquent, de nombreux emplois dans un pays gangrené par le chômage. Pour imparfaite qu’elle soit, sa réforme de l’assurance maladie, baptisée ironiquement Obamacare par les républicains, demeure « l’une des plus importantes de l’histoire américaine ». Incapable d’avoir recours aux menaces pour faire passer ses réformes devant l’opposition républicaine, Obama « a sans cesse cédé » ; une grande partie de la gauche ne lui a pas pardonné. 

Il a donc échoué à être le président du rassemblement. Et il a échoué à double titre puisque, loin d’apaiser les relations entre Blancs et Noirs, son élection « a fait monter la tension et la violence politique d’un cran ». Quéméner revient sur les relans de ségrégation qui font d’Obama « l’Antéchrist des racistes » et Debré affirme « qu’au-delà du symbole, l’Amérique n’a pas fondamentalement changé ». 

Le premier président noir de l’histoire des États-Unis a pourtant tout mis en œuvre pour faire oublier la couleur de sa peau ; et « euphémisé à outrance son identité africaine-américaine ». Métis, élevé à l’étranger, il n’est pas le produit des mouvements civiques et des tensions raciales des années 1960.

Pour autant, « il n’a pas réussi à devenir le président de tous les Américains » qui, pour 87 % d’entre eux, n’appartiennent pas à la communauté noire. À noter que ses origines musulmanes ne sont pas pour arranger les choses. De son côté, Mitt Romney avait également un caillou dans sa chaussure, un Américain sur trois affirmant ne pas vouloir voter pour un mormon. 

Si Romney pariait sur une campagne traditionnelle financée par de riches bailleurs de fonds à hauteur de centaines de millions de dollars, Obama misait sur Facebook et Twitter. Cybercandidat, il savait que ses chances de réélection reposaient sur les jeunes.

La fortune de Romney faisait de lui « le candidat à la présidentielle américaine le plus riche de l’histoire ». Obama ne s’est donc pas privé de le décrire comme « un riche banquier déconnecté des préoccupations de la classe moyenne » ; et a insisté sur le fait que les élections se déroulaient à un moment où « ça passe ou ça casse » pour cette classe en particulier.

Si Obama a diffusé une « multitude de messages à l’attention d’une multitude d’électorats », Romney n’a délivré qu’un seul message au pays tout entier : l’échec de la politique du candidat sortant. Quéméner détaille tout particulièrement les attaques et les coups bas des candidats et souligne que les « campagnes électorales ne sont jamais des duels de gentlemen ». 

Romney définit les alliances stratégiques des États-Unis par l’axe Israël-Mexique-Grande-Bretagne. C’est en ces trois pays qu’il a le plus confiance. Quant à relancer le processus de paix entre Palestiniens et Israéliens, « il ne semble y voir aucun intérêt particulier ». Toutefois, il ne s’est pas étendu sur son programme de politique étrangère, préférant insister sur l’état de l’économie américaine.

Contrairement à Obama qui est un « bon orateur, capable de faire vibrer les foules », Romney n’est ni une « bête de scène ni un tribun ». Mais « son côté “expert-comptable” triste et monotone » a pu séduire des électeurs qui avaient besoin d’être rassurés ; il a une réputation « d’excellent gestionnaire ». Les Américains ont tendance à trouver Obama bien plus sympathique que Romney qui a multiplié « les gaffes » tout au long de sa campagne et à lui faire confiance sur les sujets de sécurité nationale. Mais la situation économique restant la principale préoccupation des électeurs après quatre années de crise et de chômage élevé, Romney n’a pas manqué de l’exploiter.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Obama face au pouvoir de Guillaume Debré, Fayard, 300 p.
Barack Obama, la grande désillusion de André Kaspi, Plon, 224 p.
Dans les pas d’Obama de Tangi Quéméner, J.C.Lattès, 380 p.
 
2014-09 / NUMÉRO 99