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Poésie
Poésie au féminin
Le prix de poésie Vénus Khoury-Ghata livre un cru 2019 intimiste et haut en périples émotionnels.

Par Ritta Baddoura
2019 - 08
Les prix littéraires, notamment les prix de poésie, tendent à être souvent décernés à des hommes. Ainsi, nombre de femmes poètes de talent restent dans l’ombre et leur écriture demeure peu lue. Animée par le désir d’œuvrer activement à la transmission et la diffusion de la voix de femmes poètes, Vénus Khoury-Ghata, distinguée par le Goncourt de la Poésie en 2011, crée en 2014 le prix de poésie qui porte son nom.

En 2019, le prix de poésie féminine Vénus Khoury-Ghata s’élargit à cinq catégories : Poésie illustrée, Découverte, Poésie étrangère, Coup de cœur, et le Prix Vénus Khoury-Ghata. Le jury composé de Vénus Khoury-Ghata, Marie Huot, Claude Ber, Pierre Brunel, Cécile Oumhani, Caroline Boidé et Ritta Baddoura, a remis ces prix aux lauréates le 26 juin dernier à la Maison de la Poésie de Paris. Les cinq poètes ont reçu chacune une œuvre parmi celles de Maria Desmée, Alexandre Akar, Laila Muraywid, Georges Coanet/Jean Chevrel et Guy Calamusa.

Pour les impressions rêveuses de ses Instantanés d’une rive à l’autre, accompagnées des peintures calligraphiques vives et denses d’Abdallah Akar (Virgule), Muriel Augry est récompensée par le Prix de la poésie illustrée. Delfine Guy s’est vue attribuer le Prix Découverte pour l’étonnement émouvant et frais de La Grande Papillon (Al-Manar). 

« Élégantes rainures de graveur, tendres défis :/ descendre sur le quai à verrière, embarquer/ dans le dernier wagon du dernier train lancé/ à travers le tunnel noir, strié çà et là de lueurs/ virides, alizarines./ Dans la clarté violente,/ une silhouette, androgyne, pose des mosaïques/ (où est-on ? À Paris ? Londres ? Prague ? New York ?)/ Ensuite, par un escalier en colimaçon,/ elle vous conduit dans la bleue explosion/ de l’air brillant de l’aube. Mais disparaît soudain –/ chair impatiente, avatar mercuriel/ envoyé par le désir ? L’imagination ?/ C’est alors qu’on trouve exactement ses repères :/ la rue est étroite, on en distingue la fin. »
M. Hacker

Marilyn Hacker est saluée par le Prix de la poésie étrangère pour la contribution remarquable de son œuvre à la poésie contemporaine américaine et pour les résonances solitaires mais si enracinées dans les errances et les exils cosmopolites actuels que propose Tresse d’ail (Apic, traduit par G. Althen, J. Demarq, J. Migrenne, E. Moses et C. Oumhani). 

« Toi, la fille qui as tout quitté, est-ce que tu es différente des autres filles parce qu’un jour tu as compris les signes ? Tu marches et ton corps est un corps de femme/ (…) Tu pleures aussi./ Les larmes sont les mêmes pour tous. Elles coulent des yeux des hommes, des yeux des femmes, ce sont les mêmes./ Les signes, si c’est une femme ou si c’est un homme qui les écrit, qui voit la différence ? »
J. Benameur

Le Prix coup de cœur est allé à Jeanne Benameur pour la pudeur et la sagesse courageuse de L’Exil n’a pas d’ombre (Bruno Doucey). Enfin, le Prix Vénus Khoury-Ghata est allé à Béatrice Bonhomme pour la traversée initiatique de l’indicible dans Dialogue avec l’anonyme (Collodion). 

« Voilà, je vais recommencer à écrire et tu n’auras ni visage ni nom que ce bonheur d’être à l’infini et ce sera pour toi, mais tu ne seras personne car tu ne voudras ni être nommé, ni être aimé exclusivement, et tu resteras secret comme un trésor ignoré, comme une chose précieuse et méconnue, comme une espérance folle mais anonyme. »
B. Bonhomme

À l’issue des lectures qui ont clôturé la cérémonie de remise de prix, les écritures de ces cinq poètes femmes, se détachent du foisonnement parfois vague du paysage poétique de langue française, et l’imprègnent de leurs singularités expérientielles.


 
 
 
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