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2019-06 / NUMÉRO 156   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Fady Noun, veilleur insoumis


Par Antoine Boulad
2019 - 04


F ady Noun n’a nul besoin de « permis de séjour ». Des premiers recueils de naguère dont les accents étaient surréalistes, tels ceux de Schéhadé dans Rodogune Sine et L’Écolier sultan, il garde les clins d’œil polissons de l’inventivité, de la force créatrice. Cependant, aujourd’hui, ce « veilleur insoumis », a à cœur d’élever le lecteur au rang ultime de « grandeur vraie du poète » ; autrement dit, le poème ne trouve sa vérité que dans la bouche de celui et celle qui l’articule et le déclame. Cette quête, Noun l’assimile à « l’immense respiration de Dieu dans les êtres et les choses ». 

Fady Noun, sa voix est reconnaissable entre toutes, non seulement par la voie qui le conduit à la « grande Bible des jours » mais également par un timbre qui lui est si particulier, constitué d’un savant et paradoxal dosage d’enjouement et de gravité, d’un sens de la dérision et de l’humour qui viennent comme des roues de secours tendre la main au sens de la vie : « Chef de service adjoint et balayeur de pages au service local de l’OLJ/ J’erre la nuit dans des salles vides à la recherche d’un crouton de pain… » Voici la suite de ce même poème : « Enfants de Balfour et de Chatila,/ Je porte en mon âme,/ La blessure ouverte de votre déportation hors de l’histoire. »

Ce poème fait écho à sa participation à un ouvrage collectif préfacé par Adonis et intitulé Requiem pour Gaza aux côtés de Bernard Noël, Serge Pey, Michel Cassir, Julien Blaine, Olivia Elias et trente trois autres poètes. La poésie de Fady Noun n’a pas froid aux yeux et ne craint pas de s’engager. 

Et le voici qui crie son refus de « regarder passivement Beyrouth changer de nom ». Empruntant à Cendrars son voyage en transsibérien, « à fond de train vers la fin de l’histoire », « Beyrouth, où es-tu ? » crie le poète qui dénonce le « déclin de l’Occident ». Oui. « Nous sommes loin de la vérité. Nous sommes loin dans le mensonge. »

Fady Noun veille. Son cœur bourdonne de « tant de souvenirs qu’il ne peut enterrer » ! Il se tient aux portes de la nuit. Il tient « le poème éclairé en tout temps ». Comme sur une colline pour que s’orientent les voyageurs de la nuit. Le voici sur la « Tour de garde ». « À la fenêtre de Tell el-Zaatar ». Serrant dans les bras « un enfant noir d’Angola ». Empêchant « les régents de ce monde de le détruire par mille et une guerres absurdes ». Son poème sans fin est veilleur de nuit.

Nuit étoilée de Van Gogh. « Danse cosmique de l’univers ». « Vol de nuit ». 

 
 BIBLIOGRAPHIE  
Permis de séjour de Fady Noun, Oser Dire éditions, 2019, 93 p.
 
 
 
D.R.
 
2019-06 / NUMÉRO 156