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Poésie
Poète fou du lieu, planétaire


Par Antoine Boulad
2017 - 02
Comme un artiste planterait son chevalet dans un paysage, parmi les tournesols et les corbeaux, en en captant la quintessence, c’est-à-dire les hommes, les femmes avec leurs rêves, leurs désirs, leurs galaxies, l’univers qui gravite autour d’eux, tous les poèmes, tous les textes poétiques de ce recueil de Michel Cassir sont écrits à partir d’un lieu.

Est-ce à dire que Ces Langues que nous ne parlons pas sont des notes de voyages, un carnet de route ?

De Gaza au « flanc lisse de Turquie » ; de l’Argentine de la dictature jusqu’en « Orient sans boussole » ; du blues d’un TGV « au rêve de Buñuel dans un bus mexicain sillonnant les précipices » ; de l’Écosse, « fiancée, vampire et câline » jusqu'à Beyrouth qu’il arrive « cette fois à maudire » ; du « géant de la mer Égée » à « la rue Bobillot en fin d’après-midi » à Paris ou Marseille, de la « fascination des corps » de la Piazza Plebiscito à la jungle guatémaltèque ou au square Paul Painlevé, île, ville, rue, café, chaque page de Michel Cassir est un tour du monde, un tourbillon qu’il arpente en y réinventant le langage du monde. Parce que le mot pour lui est un « cheval de Troie » grâce auquel il pénètre le secret de la vie, c'est-à-dire l’amour, le rêve, la poésie et la liberté, tous synonymes !

L’espace est ainsi universel tandis que le temps, lui, est l’instant, éblouissant et fugace, par lequel le plomb se change en or poétique.

Quittant « les villes compulsives » et « la violence du réel » pour goûter à un midi perpétuel, à une paresse lente, il part, voyages sans mouvement ou au rythme d’un âne, au cœur de la poésie, peut-être même les yeux bandés pour mieux voir, « comme ces filles qui fendent le silence ».

Dans le texte intitulé « Invisible pèlerin »qui constitue la deuxième partie du recueil, Cassir médite sur ce faucon qui traverse, fidèle et tenace, des milliers de kilomètres du fond de sa Sibérie natale pour atterrir dans le sud ensoleillé de la France, sur le balcon d’une tour de quinze étages, régulièrement accueilli par des amis, chaque été durant huit ans consécutifs.

Cette histoire fascinante condense en elle, de manière emblématique, l’une des thématiques de l’œuvre de Michel Cassir : « l’unicité exaltante de la terre ». Comme le faucon pèlerin qui représente à ses yeux une merveilleuse « épopée planétaire », notre poète parcourt distances et distances pour toucher du doigt cet instant immuable que chacun porte en soit, l’inaccessible poésie. Cette dialectique de l’ici et de l’ailleurs, de la vitesse et de la lenteur, Ralenti de l’éclair qu’il appelle aussi, le « hamac tempête » est un point focal du recueil ainsi que de son œuvre. 

De ses origines égyptienne et libanaise auxquelles se conjuguent ses appartenances mexicaine, argentine et française, Michel Cassir tire une substance essentielle qui rend sa conscience planétaire. De recueil en recueil, il impose aujourd’hui une poésie incontournable, non seulement au regard de la poésie francophone libanaise mais de la poésie tout court.


 
 
D.R.
Chaque page de Michel Cassir est un tour du monde, un tourbillon qu’il arpente en y réinventant le langage du monde.
 
BIBLIOGRAPHIE
Ces Langues que nous ne parlons pas de Michel Cassir, Levée d’Ancre, L’Harmattan, 2016,110 p.
 
2017-03 / NUMÉRO 129