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2020-02 / NUMÉRO 164   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
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Poésie
Etel Adnan et l’Apocalypse arabe


Par Antoine BOULAD
2006 - 10
« Cette réédition de L’Apocalypse arabe, dont la première date de 1980, était devenue urgente tant la vibration essentielle de ces textes est d’actualité », peut-on lire sur la quatrième page de couverture, sous la plume de Michel Cassir qui ignorait, en juin dernier, à quel point l’histoire serait au rendez-vous ! Lorsqu’il s’agit d’Etel Adnan, on hésite à évoquer le hasard de l’édition tant son œuvre – en particulier son poème Beyrouth express Enfer qui préfigure la guerre civile libanaise – est prémonitoire.

Ainsi, la collection « Levée d’ancre » chez L’Harmattan venait à peine de publier les pages brûlantes et solaires de L’Apocalypse arabe qu’à Srifa, à Mahrouné, à Cana, à Maroun el-Ras, à Khiam, à Kfarkila... et dans la banlieue sud de Beyrouth, il y eut subitement
« Des kilogrammes de chairs décomposées, des tonnes de souffrance
Des millions de dollars de douleur, des tonnes de chair écrasée
Il y a eu des montagnes de cadavres et des rivières de sang
Des sacs d’os, des paniers d’yeux, des bols de lymphe
Il y a eu des prairies recouvertes de peau humaine sous la lune arabe

Des millions de dollars de haine et des tonnes de douleur
Il y a eu des obus jaunes sur le deuil des maisons éventrées
Des tonnes de désespoir et des fleuves gigantesques remplis de nos larmes collectives. »

L’œuvre d’Etel Adnan, qui a passé la plus grande partie de sa vie entre Paris et la Californie, est méconnue des jeunes Libanais. Il est essentiel qu’elle soit lue et traduite. D’autant que la plaie est ouverte et que le destin déchiré du Moyen-Orient en perpétuel devenir n’a pas fini d’aligner sa cohorte d’interrogations sanglantes ! Cette œuvre majeure d’Etel Adnan se fait chair dans notre conscience. Jamais écriture arabe n’avait atteint ce degré de virulence, de vérité, de déchaînement, de révolte, de dénonciation, de mise à nu...
« Indiens et Arabes livrent bataille à reculons à reculons
Il y a dans chaque Arabe un traître assoiffé d’Occident
Pontiac et Fayçal la main dans la main se couchent dans le soleil couchant
Le dernier soleil des races mises à genoux demeure couché à l’horizon. »
A-t-on jamais entrevu de telles braises dans la littérature libanaise ? Un tel livre brûle les doigts de son lecteur. Gare au soleil !
 
 
D.R.
 
2020-02 / NUMÉRO 164