FEUILLETER UN AUTRE NUMÉRO
Mois
Année

2014-09 / NUMÉRO 99   RÉAGISSEZ / ÉCRIVEZ-NOUS
CHERCHER SUR LE SITE
 
ILS / ELLES
 
LIVRES
 
IMAGES
 
Au fil des jours...
 
Poésie
L’onomatopée natale


Par Antoine BOULAD
2012 - 12
Ce haïkaï que Bashô n’aurait certainement pas renié n’est pas à proprement parler écrit par Michel Cassir bien qu’il concentre en lui toute l’ardeur de son œuvre ! Il s’agit en fait des titres des trois parties qui composent Point d’orgue, son recueil le plus récent dont les premiers mots donnent à entendre Trois coups de gong, comme une ouverture théâtrale, comme un lever de rideau inaugural sur le néant…

C’est que Clarisse, « claire silence », la maman du poète, vient de « partir dans son songe », « librement ».
Tu as incliné la tête sur le coussin universel et c’est parti sans avion, sans passeport.
« Ni réponse. »
…Alors que Cassir sillonnait le globe dans une caisse aérienne.

C’est sur la portée musicale de cet instant que le poète pose un point d’orgue, point culminant et temps d’arrêt, l’amplifiant à tous les moments de la vie : retours vers le « premier paradis » de l’enfance et « la fenêtre paisible du voyage ».

Vers son Ismaïlia natale où il « caresse les ânes de la ferme enchantée » de son grand-père qui meurt « d’une faute médicale dans son propre hôpital » et vers le Japon bouddhique, « de Kyoto à Nara », où il compte sur « le bout des doigts qui sondent l’air » les « temples palais chaumières forêts et déserts » du pays du Soleil-Levant. Comme dans chacun de ses recueils, Cassir « cogne les fuseaux horaires », mais ici, sa compagne de voyage est sa mère qui « en avait assez des aéroports, des papiers, des chaises roulantes ».
 
Une ruelle de Nara 
débouche sur le cimetière
de Beyrouth

Elle dont « l’attrait du non-voyage » avait fini par rejoindre pour ne plus le quitter, l’éternel voyageur qu’est son fils, « véhiculant la mort qui l’achemine vers la danse »…

Tu aurais vu Clarisse
comme les papillons
aiment se prélasser au soleil.

La poésie de Cassir sanctifie l’instant. Pour lui, un vers c’est le plus petit dieu sur la lèvre et les poèmes sont les « agents terrestres de la transparence ». Sa poétique est une quête essentielle et folle d’un point d’orgue où se confondent le haut et le bas, l’avant et l’après, le sommeil et l’éveil, le profane et le sacré, la vie, le rêve et la mort… 

Taupes creusant leur propre ventre pour inventer l’éclair

Ce beau recueil de Cassir est une élégie qui réconcilie le poète avec la mort comme seule la poésie sait le faire dans l’harmonie retrouvée.

comme tu es moins morte
que ce monde qui arrache
sa propre racine
on peut enfin nager
dans la paix de tes mains.


 
 
D.R.
 
BIBLIOGRAPHIE
Point d’orgue de Michel Cassir, traduit par Sabah Zouein, préface de Abbas Beydoun, Dar al-Saqi, édition bilingue, 112 p.
 
2014-09 / NUMÉRO 99